Val d’Oise tout numérique

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Comment le Val d’Oise a-t-il pris les opérateurs historiques de vitesse pour équiper le département en fibre optique et décrocher les lauriers de la commission européenne au concours des « European Broadband Awards 2018 » ? C’est une longue histoire qui ne s’est pas faite en un jour, ni sans embûches. Si elle laisse encore quelques mécontents au bord du chemin, le particulier comme la pme ont désormais accès à la fibre de n’importe quel point du département… ou l’auront d’ici 2020 pour les derniers. Mais la connexion, comme celle de votre abonnement Internet, n’est pas gratuite !

Désormais, que vous résidiez dans les quartiers « défavorisés de l’Est du val d’Oise ou au fond du Vexin », le territoire est connecté… Ou le sera à fin 2020. Le département tout fibré… OK. Mais, en quoi est-ce un exploit ?

Demandez à vos enfants abonnés à Netflix, à votre fils, photographe free lance, qui envoie à ses clients 600 photos en cinquante secondes ou à votre ami patron de pme… comment leurs vies ont changé depuis que leurs réseaux sont équipés en fibre optique. La fibre optique est devenu un enjeu majeur : tout le monde veut du débit pour télécharger des films, faire fonctionner ses objets connectés, sécuriser ses données… Tout se fait en ligne donc il faut du débit. C’est un enjeu politique au même titre que l’eau ou l’électricité il y a cinquante ans. Tous les citoyens souhaitent avoir « la fibre » et la pression devient très forte sur les élus. Celui qui n’a pas « la fibre » s’en prend à son maire, même dans les coins les plus reculés du Vexin.

L’âge d’or de la fibre en France

En France, le déploiement de la fibre a été engagé il y a une quinzaine d’année. Ça a commencé, évidemment, dans les zones denses, celles que les opérateurs téléphoniques (Orange, SFR, Free…) se partageaient à renfort de concurrence pour desservir le centre de Paris, des grandes villes, les quartiers d’affaire etc. Là il n’y a pas eu besoin d’argent public car les opérateurs se sont auto-financés et ont même déployé plusieurs réseaux concurrents. On pouvait choisir la fibre de SFR, d’Orange ou de Free. Chacun a déployé sa propre fibre, son réseau Numéricable et ses propres tarifs.

En France, le déploiement de la fibre a été engagé il y a une quinzaine d’année. Ça a commencé, évidemment, dans les zones denses, celles que les opérateurs téléphoniques (Orange, SFR, Free…) se partageaient à renfort de concurrence pour desservir le centre de Paris, des grandes villes, les quartiers d’affaire etc. Là il n’y a pas eu besoin d’argent public car les opérateurs se sont auto-financés et ont même déployé plusieurs réseaux concurrents. On pouvait choisir la fibre de SFR, d’Orange ou de Free. Chacun a déployé sa propre fibre, son réseau Numéricâble et ses propres tarifs.

Pour les zones moins denses où les opérateurs n’allaient pas car ce n’était pas rentable, le régulateur (l’État-Arcep) a autorisé les collectivités territoriales à financer en partie les raccordements.

Une régulation des télécom très stricte :
–  Dans les zones denses, les collectivités ne peuvent pas apporter un centime, pas d’argent public, c’est réservé aux opérateurs privés.
–  Dans les zones qui sont moins denses, le régulateur des télécom (l’État) autorise les collectivités territoriales à participer financièrement sur la partie équipement.

 

numérique© CDVO – Jean-Yves Lacote

Prémices poussives avec « Debitex »

Le Val d’Oise a pris immédiatement le train en marche, devançant les autres départements. Il y a une dizaine d’années, Didier Arnal, ancien président du département du Val d’Oise, a lancé « Debitex », englobant l’Est du Val d’Oise et du département de la Seine St Denis, pour déployer la fibre optique dans des zones moins denses où les opérateurs ne se pressaient pas pour investir. Garges-Les-Gonesse, Sarcelles, Villiers-le-Bel, zones peuplées et défavorisées ont fait partie des zones connectées de « Debitex » entre 2008 et 2011. Hélas, Debitex a été un peu lent à démarrer. SFR collectivité a gagné l’appel d’offre (pour déployer Débitex) et bénéficié de lourds investissements publics pour en assurer la maîtrise d’ouvrage. Il était chargé, sous contrôle de la puissance publique, d’équiper en fibre optique les quartiers d’habitation de Sarcelles, Garges, Villiers-le-Bel…
Cette première phase de déploiement a connu beaucoup de péripéties. Le chantier a pris du retard et n’aboutira que fin 2109. Sur Debitex, le projet n’a pas été à la hauteur des objectifs. Mais c’était un début !¹

La locomotive politique

En 2011, Arnaud Bazin est élu président du Conseil départemental du Val d’Oise. Habitant Persan-Beaumont, zone mal desservie en connexions numériques, l’élu comprend très vite l’enjeu « fibre », au point d’en faire l’enjeu n°1 de son mandat.

« Équiper en fibre optique tous les habitants de son département » est devenu un défi pour l’attractivité, l’image de marque de ce qui est devenu « son » territoire. Il lance le syndicat mixte « Val d’Oise Numérique ». Il recrute Pierre-Edouard Éon (maire de Méry-sur-Oise, nouveau conseiller départemental délégué au numérique et chef d’entreprise) comme président de Val d’Oise numérique et Rachid Adda, spécialiste de ces questions qui était attaché aux services du Conseil général. L’objectif politique correspond à des échéances précises, « qu’en 2020 tous les habitants du Val d’Oise, où qu’ils soient, aient accès au très haut débit. » Un enjeu que l’actuelle présidente du Val d’Oise, Marie-Christine Cavecchi, poursuit. Elle ne manquera pas de le rappeler, ainsi que le nom d’Arnaud Bazin, lors de ses vœux 2019 pour célébrer le prix « European Broadband Awards 2018 » remporté par le département.

Ce n’était pas tout de souhaiter « fibrer les zones délaissées du territoire », encore fallait- il trouver les fonds et retenir le bon partenaire dans l’appel d’offres.

numérique© CDVO – Jean-Yves Lacote

Un exemple, repris par les Yvelines

Là où le Val d’Oise et ses élus ont été innovants et audacieux, c’est qu’ils sont montés au front pour dénicher et mobiliser des financements (du département, de l’État, fonds spéciaux de la Caisse des Dépôts,…²) afin de convaincre de l’utilité de « fibrer » les communes « oubliées » par les opérateurs privés et ainsi, être un levier au service de l‘action publique.
Le département du Val d’Oise était parmi les premiers en Île-de-France à se lancer dans l’aventure, avec un appel d’offres préparé pendant de longs mois pour retenir l’opérateur de ce projet. Orange, qui était bien implantée dans le Val d’Oise, se considérait comme légitime pour prendre en charge ce chantier qu’elle « devait » gagner, SFR, de plus, n’ayant pas été très « efficace » pour déployer Debitex dans l’Est du département.

Exeunt Orange et SFR… Au profit de TDF

C’était sans compter avec l’entrée en lice d’un troisième acteur : TDF (Télédiffusion de France) dont le métier historique est « les antennes TV ». TDF, rachetée par le fonds canadien Brookfield Infrastructure³ et bénéficiant d’une solide expérience dans la diffusion hertzienne, élargit son champ de compétences et s’intéresse à la fibre. TDF remporte cet appel d’offres en faisant une proposition financièrement très intéressante au Val d’Oise. Cette délégation de service public que lui « confiait » indirectement le département devenait aussi pour TDF le début d’une nouvelle activité : la fibre optique.
Pour gagner l’appel d’offres, outre des prix attractifs, TDF prend des engagements en matière de formation. Elle ouvre des centres de formation dans le Val d’Oise (Centre technique national de la Fibre optique à Cergy-Pontoise). TDF s’investit aussi dans les travaux du HUB Nikola Tesla (Cf. ITV de Rachid Adda) et a été choisie par les Yvelines pour effectuer le même déploiement dans leur département.

Optez pour la fibre

Alors bien sûr, Orange, SFR, leurs sous- traitants et d’autres entreprises sont désormais chargés de commercialiser les abonnements à la fibre optique des particuliers et des entreprises… Et c’est là que le bât blesse ! Le département a fait une telle campagne de promotion de la fibre optique pour tous et partout que d’aucuns s’imaginent que c’est gratuit ! Que nenni Pas plus gratuit que votre abonnement téléphone ou internet ! Un particulier a accès pour quelques dizaines d’euros par mois à la fibre optique … Pour une entreprise, tout dépend de sa taille et de la sécurisation des données qu’elle attend… Chaque contrat sera différent, tout comme il l’était avec un abonnement téléphone ou Internet. Ce qui change, c’est que partout, on peut avoir accès à un réseau fibre optique ultra rapide. Une ETI comme VYGON (matériel médical), qui échange avec de multiples pays des données confidentielles quand elle développe un nouveau produit, a vu son business changer avec l’arrivée de la fibre dans le Val d’Oise… Comme le photographe free lance qui, pour 40 euros, va gagner un temps fou sur l’envoi de ses photos. Ça, le temps passé ou la sécurisation des données, ça n’a pas de prix pour un chef d’entreprise !

numérique© CDVO – Jean-Yves Lacote

1- Cf.Exclu Web – Déploiement numérique en Val d’Oise : étapes et chiffres clés sur lalettredeelentreprise.com
2- Cf. Exclu Web – Déploiement numérique en Val d’Oise : étapes et chiffres clés sur lalettredelentreprise.
3- En 2015, un consortium composé de Brookfield Infrastructure Group, de l’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public (Investissements PSP), d’APG Asset Management et d’Arcus Infrastructure Partners a finalisé l’acquisition de 100% des actions de la société française de l’entreprise de tour de communication TDF auprès de TPG Capital.


Béatrice Monomakhoff

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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