Avec ou sans consentement

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Ignorants et exigeants

Elle me dit que je pleure tout le temps…que j’suis carrément méchant, jamais content… Jamais content (Alain Souchon 2011).
C’est ce refrain qui me trottait dans la tête tandis que “prise en otage” par les cheminots de la SNCF, j’empruntais un avion d’Air France le soir de Noël (après 4 annulations de TGV) pour rentrer chez moi, après avoir passé les fêtes, en province, en famille. Je pensais à tous ceux qui n’ont pas les moyens de prendre un avion…
Et à tous ceux qui, en région parisienne, passent des heures à rejoindre leur lieu de travail depuis déjà 3 semaines …
Mais dans les autres pays européens, comment font-ils ?

D’après une tribune de l’économiste Claude Sicard¹ dans le Figaro² , les Français feignent d’ignorer que la dette française a franchi le cap des 100,4 % bien au-delà des 60 %, taux imposé au pays membres de la zone euro par le traité de Maastricht. Ils ne savent pas non plus que la France régresse et que sa part dans les échanges mondiaux est passée de 6,3 % en 1980 à 3 % ; qu’elle n’est plus la cinquième puissance mondiale mais la septième derrière le Royaume-Uni et l’Inde. Les Français veulent travailler moins, gagner plus et subir moins d’injustices sociales.

Le Français devrait peut-être considérer d’un œil différent l’avenir de son pays. Certes, il n’est pas responsable du désastre causé par la désindustrialisation (erreur stratégique de ses dirigeants politiques depuis 30 ans), qui conduit la France à consacrer 31,3 % de son PIB à ses dépenses sociales (contre 20,1 % en moyenne pour les pays de l’OCDE). S’il prend en compte ces considérations, l’espoir n’est pas perdu ! La France possède toutes les compétences pour se réindustrialiser et développer un nouveau « secteur secondaire » où la numérisation et l’intelligence artificielle (IA) jouent un rôle déterminant, avec des emplois devenus à très forte valeur ajoutée.

Formation et IA en marche

La réforme nationale de la formation (cf. notre dossier) est une étape dans ce sens. Ne serait-ce que dans le Val d’Oise, la formation donne la possibilité à des jeunes n’ayant pas fait d’études d’accéder à des secteurs aussi complexes que le numérique (Hub numérique Nikola Tesla à Écouen), les métiers de l’aérien (l’AFMAé à Bonneuil-en-France) et la réforme ouvre les portes à des emplois beaucoup plus qualifiés et tout au long de la vie !
Des PME comme Erpro, qui fabrique des mascaras en 3D pour Chanel avec des techniques inspirées de l’aérospatiale, sont l’exemple de la requalification réussie d’une entreprise.

La France doit aussi renforcer son taux de population active (qui est de 45,7 % seulement, alors qu’il est de 52,2 % en Allemagne, 53,7 % en Suède, et 58,3 % en Suisse), et remonter son secteur industriel à 17% ou 18 % au moins du PIB, contre 10 % actuellement, l’Allemagne étant à 24 % et la Suisse à 22 %.

Autant dire qu’il va falloir beaucoup d’années pour y arriver ! Et beaucoup d’efforts… À tous les niveaux.

Du “spécial” au “spécifique”

Il ne cédera pas ! Le président Emmanuel Macron l’a exprimé clairement dans ses vœux « J’ai conscience que les changements bousculent souvent. Mais les inquiétudes ne sauraient pousser à l’inaction. Car il y a trop à faire. La réforme des retraites, à laquelle je me suis engagé devant vous, et qui est portée par le Gouvernement, sera menée à son terme. Parce qu’il s’agit d’un projet de justice et de progrès social ».

Pénibilité, âge pivot, situation spécifique… Tout est passé au crible par Laurent Pietraszewski, secrétaire d’État chargé de la Réforme des retraites et tous les ministres concernés. Dès le 5 Janvier, des aménagements de la réforme se sont multipliés, visant à créer un système universel de retraite, par point, avec caisse unique de gestion de pension et âge pivot de départ à 64 ans pour tous. Mais loin des 42 régimes spéciaux³ préexistants, le gouvernement a fait des premières concessions en permettant à certaines catégories (hôtesses de l’air, aiguilleurs du ciel, danseurs de l’opéra chauffeurs routiers, policiers…) de conserver un âge spécifique de départ à la retraite. Déniant maintenir des régimes spéciaux³, Laurent Pietraszewski évoque « des situations spécifiques qu’il faut regarder ». Rendez-vous le 24 janvier, date de présentation du projet de loi en conseil des ministres.

Manque de consensus ?

Promu par Nicolas Sarkozy en personne dès mars 2010, inscrit dès 2012 dans le schéma du Triangle de Gonesse pour attirer les touristes internationaux (Cf. l’ITV d’Immochan⁴ », dans la LDE n° 16 de juin 2011), Europa City s’avérait plein de promesses. Sept ans plus tard, son annulation est difficile à avaler pour les élus Valdoisiens ! Ce qui est incompréhensible, c’est la manne financière que le groupe Auchan a consacrée pendant 6 ans à ce projet (salons, réunions, multiplicité de luxueux documents), via sa filiale Auchan Ceetrus, alors qu’un autre pan de l’activité d’Auchan, Auchan Retail France, prépare la fermeture de 21 sites (700 salariés) et un plan de départs volontaires de 1000 salariés dans ses hypermarchés… À moins que toute cette promo n’ait tapé dans l’œil des British qui envisageraient d’adapter le projet dans la banlieue londonienne… Cherchez le bug !

Consentement, mot clé de 2019

Ah j’oubliais ! Le JDD a consacré sa première Une de l’année 2020 –non à la réforme des retraites – mais à Gabriel Matzneff, cet écrivain choyé du monde littéraire qui vient d’être conspué par le livre de Vanessa Springora, « Le consentement ». Ce récit autobiographique décrit sa relation avec l’écrivain, qu’elle qualifie de « pédophile », quand elle avait 14 ans et lui 50. Depuis, une « enquête préliminaire pour viols sur mineurs de moins de 15 ans » a été ouverte à l’encontre de G. Matzneff. L’année 2019 et ses combats pour les violences faites aux femmes semblent avoir clarifié le sens du mot consentement.
Si vous voulez acheter « Le consentement », paru le 3 janvier, sachez que « Le Grand Cercle », une des librairies ouverte le dimanche dans le Val d’Oise, n’en avait plus un seul exemplaire ce 5 janvier à midi !
Mais assurément, les pressés qui ne peuvent attendre le commanderont sur Amazon…Au détriment des libraires.

 

1- Claude Sicard, agronome, docteur en économie, est un spécialiste des problèmes de développement. Consultant auprès d’organismes publics et d’organisations internationales (ONU, OCDE…), il publie des tribunes dans le Figaro.
2- « Industrie affaiblie, population active peu nombreuse, dépenses sociales énormes : trois problèmes français »-Figarovox-Tribune -02-01-2020
3- Qui coûtent 9 milliards d’euros par an à l’État
4- Devenue depuis « Auchan Ceetrus
5- Groupe fondé par Gérard Mulliez en 1961
6- Un dossier de 6 pages en tout
7- cf. notre reportage sur Amazon page 4-5.

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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