Air France recrute à Roissy CDG… pour combien de temps ?

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Si les dirigeants d’Air France déploient des efforts « méritants » sur le territoire pour rester un employeur qui compte, l’entreprise française continue de lutter avec les pertes du résultat d’exploitation (moins 30 % en 2018, moins 18,8 % en 2019), les rigidités de management en interne et un futur manque à gagner, estimé entre 150 et 200 millions d’€ d’ici à avril 2020 en raison de la suspension des vols due au Coronavirus…

Des centaines d’emplois sont à pourvoir en 2020 à Roissy CDG. Or la plateforme aéroportuaire de Roissy Charles de Gaulle peine à recruter.
Pour Air France-KLM, c’est un déficit d’information et une méconnaissance des métiers proposés qui est à l’origine des emplois non pourvus. L’objectif est d’attirer des candidats vers les centaines de métiers du secteur aérien et aéronautique, y compris ceux de la sûreté/sécurité, de l’hôtellerie/restauration, indispensables au bon fonctionnement de l’aéroport de Roissy CDG. Celui-ci a accueilli, en 2019, 76,2 millions de passagers, soit + 5,4% par rapport à 2018.

L’aéroport de Roissy CDG, à 23 km au nord-est s’étend sur 3 257 hectares qui en font l’aéroport le plus vaste d’Europe, réparti sur six communes et appartenant à trois départements.

  • Val-d’Oise avec les communes de Roissy-en-France et Épiais-lès-Louvres ;
  • Seine-Saint-Denis avec Tremblay-en-France ;
  • Seine-et-Marne avec Le Mesnil-Amelot, Mauregard et Mitry-Mory.

 

La Convention de partenariat, signée le 5 mars 2020 par Anne-Sophie Le Lay, secrétaire générale du groupe Air France KLM et Patrick Renaud, Président de la Communauté d’agglomération Roissy Pays de France, a pour objectif de faire connaître cette richesse de métiers aux habitants du territoire. Pour Anne-Sophie Le Lay, « cette convention témoigne de la volonté d’Air France de contribuer toujours plus au développement économique partout où la compagnie est implantée, et dans le Grand Roissy en particulier ».

Anne-Sophie Le Lay

Anne-Sophie Le Lay

Concrètement, des actions sont menées dans les milieux scolaires, des forums emploi, des réunions d’information pour les prescripteurs d’emplois, en vue du développement de l’apprentissage, l’insertion dans la vie professionnelle et la revitalisation des territoires.
Anne-Sophie Le Lay s’est félicitée de l’implantation, en septembre 2019, du CFA¹ des Métiers de l’Aérien dans le territoire de Roissy Pays de France : « À Bonneuil en France, des centaines d’apprentis seront formés chaque année aux métiers de l’aérien et de l’aéronautique et rejoindront les rangs d’Air France » (cf. dossier de la LDE 44). Le CFA de l’AFMAé de Bonneuil-en-France, construit par ADP, Air France, la FNAM² et le GIFAS³, peut accueillir 700 apprentis et reconvertir 1 500 salariés ou chômeurs vers les métiers de l’aérien. 120 entreprises sont partenaires du CFA.

Premier employeur privé d’Île-de-France en 2019

« Notre activité est basée sur l’humain, c’est notre ADN » précise Anne-Sophie Le Lay. « Notre rôle est d’éveiller la curiosité et l’intérêt des jeunes pour les métiers industriels et de services de nos activités ». La secrétaire générale du groupe Air France-KLM a rappelé que le groupe représentait 3,1% du PIB d’Île-de-France. La compagnie aérienne a été, en 2019, le premier employeur privé d’Ile-de-France, multipliant les initiatives pour diversifier ses recrutements ».

Airemploi⁴, créée à l’initiative d’Air France, recense tous les métiers du secteur l’aérien. « Le site emploi⁵ d’Air France est lui très axé sur la découverte de nos métiers, avec des témoignages de salariés, précise Laetitia Niaudeau, directrice emploi, formation et diversité d’Air France. Nous devons casser les stéréotypes sur certains métiers » précise-t-elle. Les mécanos ne sont pas qu’un métier d’hommes ».

« Sur les 4 000 recrutements réalisés en 2019, 50 % sont issus des départements où sont implantés les aéroports de Roissy-CDG et d’Orly », souligne Laetitia Niaudeau.

Laetitia Niaudeau

La compagnie rappelle aussi qu’elle fut l’une des premières grandes entreprises à rejoindre le plan PAQTE (ndlr : Promouvoir l’insertion professionnelle par l’alternance des jeunes qui habitent dans un quartier populaire) lancé en 2018 par le ministère de la Ville et le plan « La France, une chance,les entreprises s’engagent », du ministère du Travail, destinés à favoriser l’insertion professionnelle dans les quartiers dits « prioritaires ».

L’an dernier, Air France a proposé plus de 1 300 contrats d’alternance, dont près de 10 % sont issus des QPV (Quartiers Prioritaires de la Ville) contre 5 % en moyenne en France, insiste Laetitia Niaudeau. Et le taux d’accueil d’alternants a été multiplié par quatre depuis sept ans. »

Les mauvais résultats… aggravés par le Coronavirus

Malgré tous ses efforts, Anne Rigail, la nouvelle directrice générale d’Air France qui donnait, en novembre 2019, une conférence « aux Échos » sur le thème du développement durable, avait déjà bien du mal à dire que son entreprise allait bien. Si elle revendiquait à l’époque, « l’apaisement du dialogue social » et « une organisation plus agile » apportés par la nouvelle présidence de Ben Smith, le nouveau pdg canadien, elle ne niait pas qu’il restait « certaines rigidités » à combattre au sein de l’entreprise et des efforts à faire en termes de rentabilité…

Anne Rigail

Anne Rigail, DG Air France

Les résultats 2019 publiés en février 2020 lui ont donné raison !
Malgré une bonne année en termes de trafic, marquée par une hausse de 2,7 % avec 104,2 millions de passagers transportés et un chiffre d’affaires en hausse de 3,7 % à 27,2 milliards d’euros, la compagnie aérienne franco-néerlandaise voit sa rentabilité s’éroder. Le résultat d’exploitation s’affiche en recul de 18,8 % sur l’exercice 2019, à 1,14 milliard d’euros. L’année précédente, il était déjà en retrait de près de 30 %.

Malgré l’investissement du groupe dans l’acquisition de nouveaux appareils moins gourmands en carburant -en 2019, Air France KLM a ainsi acheté ou commandé 60 nouveaux Airbus qui consomment 20 à 25 % de fuel en moins- et le plan visant à « réinventer Air France », mis en place par Anne Rigail, c’est à dire des mesures destinées à rendre la compagnie aérienne plus attractive et plus rentable pour ses clients, on se demande si tout cela va suffire à conforter l’image de ce fleuron de l’aérien et l’envie de milliers de salariés de le rejoindre ?

Réduction des activités sur les marchés intérieurs et européens

Concernant la commande des 60 nouveaux Airbus, il s’agit de l’Airbus A220, un nouveau moyen-courrier issu en réalité des usines Bombardier, au Canada, qui ont été reprises par Airbus pour diffuser « sous la marque Airbus » ce modèle de court-courrier. Celui-ci sera destiné aux lignes françaises et européennes, à courte distance, pour Air France, en remplacement des Airbus 318 et 319, dont le nombre de passagers étaient plus importants. Cela signifie, en réalité, une politique d’attrition, c’est-à-dire que les avions qui seront affectés sur ces lignes Air France, seront d’une capacité d’emport plus réduite que les précédents. En clair, cela symbolise la réduction des activités d’Air France sur le marché intérieur et sur le marché européen.

Par ailleurs, le contexte même de la sortie de cet article , en pleine pandémie de Coronavirus,  est délicat car Air France–KLM vient d’annoncer, à compter du 23 mars, la suppression de 2 000 emplois, par des licenciements et départs volontaires pour KLM, et la mise en chômage partiel de 80 % des effectifs de la compagnie, avec une réduction drastique du nombre des vols effectués, qui seront limités à une dizaine de destinations européennes, à une douzaine de villes en France, et à une quinzaine de destinations long-courriers, au moins dans un premier temps.

À l’heure où nous éditons le magazine, les avions sont cloués au sol à Orly qui est fermé et seuls trois terminaux 5 2A, 2E et 2F) sont encore en fonctionnement à Roissy-CDG .

Il est évidemment très difficile d’avoir une visibilité sur la situation de la compagnie Air France à la sortie de cette période de confinement, mais il est probable que l’État soit amené à entrer à nouveau au capital de façon majoritaire, ce qui signifiera une forme de renationalisation de la compagnie.


Béatrice Monomakhoff et William Hitchon

1. CFA AFMAé – Chemin de La Piste – CS 90052 – 95500 Bonneuil-en-France
2. FNAM : Fédération Nationale de l’Aviation Marchande
3. GIFAS: groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales
4https://www.airemploi.org/
5. https://recrutement.airfrance.com
Air France – KLM en Ile-de-France
230 000 emplois directs, indirects et induits
Selon une étude réalisée sur les effectifs 2016 par le cabinet Utopies pour ADP

Pour 90 190 emplois recensés par ADP sur la plate-forme Roissy CDG
La répartition par départements est la suivante :
Oise : 14,6 %
Paris : 8,3 %
Seine-Saint-Denis : 14,2 %
Seine-et-Marne : 16,9 %
Val-d’Oise : 13,8 %.

4 000 recrutements réalisés en 2019 sur les 2 aéroports d’Orly et Roissy-CDG, dont 50 % sont issus des départements limitrophes aux 2 aéroports
. 2 000 apprentis formés chaque année
. 1,8 Md d’euros d’achats

 

Un A320 baptisé « Roissy en France »
Les salariés de la compagnie Air France ont exprimé lors d’une consultation interne leur souhait de redonner de la visibilité aux territoires. L’A320 baptisé {Roissy en France} est l’un des 10 premiers avions de la flotte d’Air France à associer le nom d’une commune. Un motif de fierté pour ses habitants. Cet avion desservira les villes européennes et celles du pourtour méditerranéen. Chacun pourra suivre ses trajets sur internet grâce à son immatriculation F – GKXI. Quand il volera à nouveau…
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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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