36 Rafale… ou plus ?

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Un contrat avec l’Egypte pour 24 appareils, un deuxième avec le Qatar pour 24 autres et 36 encore pour l’Inde : en 2015, l’avion de combat de Dassault Aviation s’exporte enfin. Mais les négociations avec l’Inde restent compliquées. Décryptage.

Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation Rafale, négocie depuis plus de 3 ans avec le gouvernement indien

Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation Rafale, négocie depuis plus de 3 ans avec le gouvernement indien

Depuis janvier 2012, suite à un appel d’offres remporté par le constructeur français, le gouvernement indien négociait avec Dassault Aviation l’achat de 126 Rafale, dont 108 fabriqués localement. Trois ans et demi plus tard, ces négociations n’avaient toujours pas abouti, achoppant notamment sur des questions de coût et de responsabilité industrielle. à défaut de signer ce qu’on présentait comme « le contrat du siècle », l’annonce faite le 10 avril dernier, au cours d’une négociation de gouvernement à gouvernement, a permis de sortir de l’impasse. Face au besoin urgent de moderniser son armée, le Premier ministre indien, Narendra Modi, a décidé d’acheter 36 Rafale « sur étagère », c’est-à-dire fabriqués en France. Reste à signer effectivement ce contrat de 5 milliards d’euros, l’exemple qatari démontrant que cela peut prendre plusieurs années. Chez Dassault Aviation, on se veut donc très prudent sur le calendrier. À raison car ce premier contrat entre probablement dans la négociation pour… les éventuels Rafale supplémentaires dont les deux parties discutent depuis 2012 !

Une partie de billard à plusieurs bandes

Sans enterrer formellement l’appel d’offres pour les 126 avions de chasse, le ministre indien de la Défense, Manohar Parrikar, privilégie clairement une nouvelle négociation entre États. Le 31 mai, il déclarait même à l’agence de presse indienne PTI : « Nous n’achèterons pas les autres, seulement les 36 », ajoutant que « l’acquisition de 126 Rafale n’est pas viable économiquement, pas plus qu’elle n’est nécessaire. »

Pourtant, dans l’ombre du gouvernement français, et de Jean-Yves Le Drian en particulier, qui a pris la main sur le dossier, Dassault Aviation espère toujours récupérer tout ou partie du solde entre l’appel d’offres initial et le récent engagement indien. Car les besoins de l’armée de l’air indienne dépassent largement ce nombre de 36 avions de chasse. C’est sous la pression de son état-major, qui doit impérativement remplacer sa flotte vieillissante de MIG-21 et de MIG-27, que le Premier ministre indien, Narendra Modi, en contradiction avec son programme « Make in India » [« Produisez en Inde » – ndlr], s’est engagé pour les 36 Rafale « prêts à voler ».

L’ombre du « Make in India »

Nul doute que le « Make in India », qui avait cristallisé les problèmes lors des négociations entre Dassault et le gouvernement indien, va revenir au centre du jeu dans le futur. Dans des propos tenus lors d’une conférence de presse le 2 juin et rapportés par Reuters, Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, affirmait vouloir mettre en place un cadre Make in India « un peu différent de ce qui a été prévu dans l’appel d’offres ». « Nous prendrons le leadership de choisir nos sous-traitants. (…) Nous retiendrons ceux qui sont efficaces. S’ils ne le sont pas, nous aurons le droit d’en changer, ce qui n’était pas le cas dans l’appel d’offres. » Hindustan Aeronautics Limited (HAL), le partenaire indien de Dassault Aviation dans l’appel d’offres, pourrait, lui, passer du statut de « co-traitant » à celui de « sous-traitant » du constructeur français.

Au siège de Saint-Cloud, on rappelle volontiers les liens anciens qui unissent Dassault et l’Etat indien. « Notre relation avec l’Inde est sans faille depuis plus de 60 ans, explique-t-on. New Delhi a acquis des Ouragan en 1953, puis des Mystère IV, des Jaguar et des Mirage 2000. Pour tous ces programmes, quelles que soient les circonstances, nous avons tenu nos engagements. Le Mirage 2000 nous vaut une solide réputation que le Rafale, fort de ses succès en opération, va renforcer. » De quoi décrocher le fameux deuxième contrat indien ?


C’est avec le contrat indien que le plan de charge s’envole

Les contrats avec l’Egypte et le Qatar n’auront qu’un impact limité sur l’activité de « l’écosystème Rafale ». Une fois signé, le contrat indien entraînera, lui, une hausse de la production et de l’emploi.
Pour compenser la baisse des livraisons de Rafale aux armées sur la période 2014-2019, un choix dicté par le contexte budgétaire tendu, l’état devait impérativement réussir à exporter, au minimum, 40 appareils, sous peine de devoir récupérer le surplus. Avec 48 exemplaires vendus à l’Egypte et au Qatar (huit de plus seulement que le minimum exigé) et en sachant que les premiers appareils égyptiens seront prélevés sur le contingent français et que les livraisons à l’Egypte (à partir de cet été) et au Qatar (à partir de mi-2018) ne devraient pas se chevaucher, aucune hausse significative de la cadence de production n’est à attendre dans l’immédiat.
En revanche, la signature du contrat indien, qui implique de livrer rapidement 36 Rafale, imposera une augmentation des cadences. Chez Dassault, on affirme « être capable de porter la cadence de production d’1 Rafale par mois à 2,5, voire 3, pour répondre au planning exigé par les clients », sans, par ailleurs, menacer la production de Falcon. Une fois le contrat indien conclu, Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a ainsi prévu de doubler la cadence entre 2 et 3 ans.
« Au rythme d’1 Rafale par mois, le programme occupe 7 000 personnes, explique le constructeur. Si d’autres commandes devaient être finalisées, des emplois seraient créés dans l’ensemble de l’écosystème Rafale, qui, au-delà de Dassault Aviation, comprend Safran, Thales et un vaste tissu de 500 PME-PMI. » Les premières estimations parlent de 2 000 emplois supplémentaires pour l’ensemble de la filière Rafale. À l’usine Dassault d’Argenteuil (Val d’Oise) qui fabrique le fuselage de l’avion, on refuse pour l’instant de communiquer. Mais nul doute que la signature du contrat indien, en attendant un quatrième contrat export – la piste des Emirats arabes unis paraît la plus avancée -, devrait faire du bien à l’emploi.

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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