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La Lettre de l'entreprise N°19 - Mars - Avr. - Mai. 2012
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Édito
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Feuille de route

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© Pierre Seisson

Réduction des dépenses publiques et augmentation des impôts… Cette fois, on n'y coupera pas. Les Français s'y préparent. Mais, pour affronter la dette, peut-on inventer de nouveaux leviers de croissance ?
Qu'en pensent les chefs d'entreprises ? Le Parisien note dans son baromètre du 2 avril qu'en février, 38 % des chefs d'entreprise étaient confiants dans l'économie française, contre 25 % en novembre 2011. Le moral remonte ! Mais tous ont hâte de voir cette élection présidentielle se terminer car la période génère un attentisme peu favorable au dynamisme… Et risque de se prolonger jusqu'en juin… fin des élections législatives.
Mais qu'est-ce qui cloche dans notre pays ? Pouvoir d'achat « en berne », mondialisation « destructrice », désindustrialisation « coupable », bénéfices des entreprises du CAC 40 « pointés du doigt »… À entendre les candidats de tous bords, il semble qu'on ait tout faux ! Pourtant l'économie française affiche des prouesses aéronautiques, son secteur du luxe n'a « jamais été aussi rentable » et ses experts en NTIC facturent à qui mieux mieux, provoquant un turn over de nos informaticiens qui « choisissent leurs postes » quand d'autres attendent cinq ans pour trouver leur premier emploi.
Certes, la distribution pâtit de la baisse de la consommation des ménages qui néanmoins compensent avec la téléphonie mobile, la bureautique et les dépenses de loisirs. Le bâtiment peine à sortir de la crise. Les constructeurs automobile se remettent difficilement de la fin de la prime à la casse et de la soudaineté de la demande des marchés émergents. Le transport aérien, Air France en tête, souffre de la concurrence intense des compagnies low cost et des transporteurs du Golfe pour le haut de gamme (cf. interview de F. Scellier et J.-F. Benon).
A contrario, la chimie française dégage de bons résultats, la pharmacie affiche des marges confortables et les équipementiers automobiles se portent, on ne peut mieux.

Alors qu'est-ce qui fait la différence ? La différence se situe surtout entre une stratégie industrielle franco-française ou euro-mondiale.
La chimie européenne restructurée dès 2008-2009 est portée aujourd'hui par la demande des pays émergents. Les équipementiers automobile français touchent les dividendes des restructurations engagées avant la crise de 2008 et ont anticipé. Pour rompre leur dépendance aux constructeurs français, ils ont développé leur présence à l'international et embauchent aussi en France (300 chercheurs d'ici 2015 chez Valeo - cf. notre dossier).
Repli sur soi ou ouverture au monde ? Comme l'énonçait Vincent Chiriqui, directeur général du centre d'analyse stratégique du Premier Ministre lors d'un colloque sur la mondialisation à Bercy : « Depuis plus de dix ans, les parts de marché mondiales de la France sont passées de 5,7% en 1990 à 3,3 % en 2011. Cette baisse s'est accompagnée de la perte de 500 000 emplois dans les secteurs manufacturiers depuis 2 000. (…) Notre horizon doit rester celui de l'insertion dans les échanges mondiaux, qui est un enjeu majeur. » Qu'attend-on pour enfin inventer une véritable politique industrielle ?
Sus aux bénéfices Si nos fleurons du CAC 40 ne payent pas assez d'impôts, et personne ne le conteste, c'est parce que le calcul de l'IS date de 20 ans : une multinationale française ne s'acquitte de l'IS en France que sur l'activité de sa filiale française… Pour ses filiales étrangères, elle paye l'impôt sur les bénéfices dans les pays où elle est implantée. C'est pourquoi Total, déficitaire en France, n'avait pas à payer d'IS.
Mais à quoi pensent nos gouvernants depuis 20 ou 30 ans ? Au début des années 80, la grande mode était d'implanter le siège de son entreprise au Luxembourg ou en Irlande pour bénéficier de défiscalisation et de subventions offertes par l'Europe. 30 ans plus tard, et l'Europe à genoux, on réalise que notre système fiscal est inadapté à la globalisation de notre économie.
Tout comme le souligne Didier Adès dans sa chronique, et quel que soit le futur président de la France, il est temps de « penser autrement ».

Béatrice Monomakhoff
Rédactrice en chef
beamono@lalettredelentreprise.com

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