Formation : à chacun sa voie

0
L’appli du compte personnel de formation est téléchargeable depuis le 21 novembre 2019¹. Sélection, inscription, paiement : chacun peut librement utiliser ses euros pour accéder à plus d’un millier de diplômes pour se former « dans » et « en dehors » de son lieu de travail. C’est une révolution dans le monde de la formation, marqué depuis des lustres par la mainmise des partenaires sociaux.

Premier constat : les Français n’utilisaient pas, ou très peu, leurs droits à la formation ! Deux présidents s’y sont cassé les dents, Sarkozy, puis Hollande qui ont tenté sans grand succès d’inciter les salariés à y avoir recours. Le président Macron a pris le mal par la racine en réformant le processus de collecte et en donnant à chacun l’opportunité de se prendre en charge. Une révolution ! Et on partait de loin…

La formation avant Macron

Les Opérateurs Paritaires Collecteurs Agréés (OPCA) collectaient les cotisations à la formation professionnelle continue (FPC), cotisation à la seule charge de l’employeur. Ils instruisaient et finançaient les demandes de formation, que ce soit dans le cadre du plan de formation (à l’initiative de l’employeur pour développer les compétences de ses employés à leur poste de travail) ou dans le cadre du Droit Individuel à la Formation (DIF) devenu en 2015 le Compte Personnel de Formation (CPF)² à l’initiative du salarié, sans lien obligé avec son activité.

Ces OPCA étaient adossés à des secteurs d’activité et décidaient chaque année, avec les branches professionnelles, des thématiques de formations prises en charge et des enveloppes financières allouées par entreprise. Ils étaient 52 sous le gouvernement Sarkoky, puis 22 sous Hollande, lors de l’instauration du Compte Personnel de Formation (CPF) et enfin 11 sous Macron.

Appelé un moment DIF (Droit Individuel à la Formation) et géré par l’employeur, le Compte Personnel de Formation (CPF) était géré par la Caisse des Dépôts et Consignations et instruit par les OPCA. Il était utilisé par les salariés pour se former dans un domaine de leur choix, pendant leur temps de travail, avec l’autorisation de l’employeur, ou hors temps de travail (ne nécessitant pas d’autorisation de l’employeur).

Nicolas Sarkozy avait constaté que très peu d’actifs avaient recours au DIF. Les OPCA accumulaient une manne financière importante. Il avait lancé une vaste campagne de communication sur ce droit inexploité pour réactiver les demandes de formation.

François Hollande, préoccupé par le fort taux de chômage durant son quinquennat, avait remplacé le DIF par le Compte Personnel de Formation (CPF), afin que la portabilité de ce droit soit plus aisée, et pour le promouvoir auprès des demandeurs d’emploi pour développer les champs possibles de leur embauche.

En effet, toute formation, pour être éligible au financement du Compte Personnel de Formation, devait se conclure par un diplôme, une qualification ou une certification. Le CPF imaginé par Hollande, trop dédié aux demandeurs d’emploi, ne satisfaisait pas les attentes des actifs. Et s’avéra être une « usine à gaz »…

La gouvernance de France Compétences 

Préparée en 2018, la réforme d’Emmanuel Macron, entrée en vigueur au 1er janvier 2019, modifie profondément le monde de la formation.

Dès 2019, les OPCA sont devenus des Opérateurs de Compétences (OPCO). A compter du 1er janvier 2020, ils ne collecteront plus les cotisations à la Formation Professionnelle Continue (FPC) assurée par l’URSSAF et cesseront de gérer l’instruction et le financement des formations suivies dans le cadre du Compte Personnel de Formation (CPF). Ils continueront à assurer leur mission de conseil auprès des branches professionnelles et ne gèreront plus que l’instruction et le financement du plan de développement des compétences des entreprises de moins de 50 salariés.

De plus, toutes les institutions publiques ou reconnues par l’État œuvrant dans la formation professionnelle sont désormais regroupées sous la bannière « France Compétences ».

Le compte personnel de formation (CPF), lui, n’est plus alimenté en nombre d’heures de formation mais en euros. Un compte en heures suppose pour son titulaire de passer par un intermédiaire pour faire la conversion en espèces et payer l’organisme de formation. C’est le rôle qu’ont tenu la vingtaine d’opérateurs de compétences OPCA, qui étaient « à la main » des partenaires sociaux. Avec un CPF en euros (alimenté de 500 € par an avec un plafond de 5 000 ou 8 000 € pour les moins qualifiés), plus besoin d’intermédiaire. La vérité des prix s’imposera d’elle-même.

L’appli qui « donne la main »

« Une campagne de communication exceptionnelle pour une mesure « révolutionnaire »… si l’on en croit la ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

Lancée au Forum des Halles à Paris le 21 novembre 2019, l’appli moncompteformation.gouv.fr permettra à tout détenteur d’un compte personnel de formation, salarié ou en recherche d’emploi, d’acheter librement au prestataire de son choix, sans intermédiaire, la formation qu’il souhaite, en utilisant son compte épargne formation, désormais en euros.

Les objectifs affichés par le gouvernement sont de :

– réduire les inégalités d’accès à la formation entre les catégories socio-professionnels et les entreprises, ayant observé que les cadres y ont recouru deux fois plus que les ouvriers et les grandes entreprises deux fois plus que les TPE ;

– inciter les Français à « apprendre et se former tout au long de leur vie professionnelle » afin de répondre aux enjeux de la guerre mondiale des compétences.

Dans les entreprises, cette « émancipation » des salariés génère un certain mécontentement des responsables de formation, en partie privés du pilotage et de l’accompagnement des salariés qui souhaitent se former.

La crainte repose sur le fait que les salariés ne choisiront pas forcément une formation qui leur donnera, in fine, un accroissement de compétences profitable à l’entreprise. Et pourtant, ce libre-arbitre ne doit pas être perçu de manière négative. Dans le contexte de la loi Pacte³, cette réforme prend tout son sens. Elle peut devenir un point d’achoppement des échanges et négociations entre employeur et salariés.

Lors des entretiens professionnels (obligatoires tous les 2 ans avec bilan au bout de 6 ans), les employeurs pourront évoquer avec chacun de leurs employés les projets de développement nécessaires à la pérennité de l’entreprise.

En effet, la loi n’interdit pas le co-financement des formations par le CPF du salarié et par le Plan de développement des compétences de son entreprise.

Voilà une possibilité d’impliquer et de valoriser chaque salarié dans le développement de l’entreprise.

Rappelons-le : une entreprise qui investit dans ses richesses humaines à tout à gagner… en en faisant une raison d’être (cf. La lettre de l’Entreprise 43).

Des prestataires bousculés

On ne s’étendra pas sur la « mauvaise humeur » des gros opérateurs agréés (OPCO) et des partenaires sociaux dépossédés d’une grande partie de leur pouvoir et de la manne monétaire dont les prive cette réforme.

Les prestataires de formations, eux, se réjouissent d’avoir directement affaire aux usagers, ce qui devrait considérablement raccourcir les délais de demande de financement. Ils ont eu deux mois pour saisir – et revoir pour certains – leur offre de formation. Il n’en reste pas moins qu’ils devront continuer à informer leurs publics sur leurs droits à formation – très souvent ignorés – et les accompagner dans la mise en œuvre.

Il sera intéressant de faire le point dans un an, avec un panel de salariés et de formateurs, sur l’efficacité du système… À vous, entrepreneurs et dirigeants, de saisir cette opportunité et de motiver vos salariés à la croissance et au développement de vos entreprises … en les incitant à se former !


Isabelle Jariod et Béatrice Monomakhoff

 

1- Le jour du lancement, l’appli a été téléchargée par 100 000 personnes et plusieurs milliers de dossiers de demande de formation  ont été téléchargées dans la journée – Information du ministère du Travail.
2- Compte Personnel de Formation (CPF) né en 2015, mais qui restait sous la coupe des partenaires sociaux.
3- Promulguée en mai 2019 sur la croissance des PME

Partager.

Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

Poster un commentaire