Val d’Oise : l’extension du domaine de la fibre

0

L’accès au très haut débit pour les particuliers et les entreprises est un enjeu majeur de développement économique. Le Val d’Oise maintient son objectif d’irriguer la totalité du territoire par la fibre d’ici 2020.

B. Clinckemaillie directeur collectivités locales Val d'Oise pour Orange

B. Clinckemaillie directeur collectivités locales Val d’Oise pour Orange

Disons-le tout net, tant sur le sujet chacun voit midi à sa box : comparé à ses voisins, le Val d’Oise fait figure de bon élève en matière de déploiement de la fibre. Le département peut en effet se targuer d’avoir décrypté les outils administratifs et juridiques nécessaires pour répondre à un sujet techniquement complexe. En effet, c’était un véritable mille-feuille à mettre en place pour que la fibre (FTTH*) soit déployée dans l’ensemble du Val d’Oise.

Répartition entre plusieurs opérateurs

Outre les zones dites « très denses » (Cergy, Garges-lès-Gonesse et Villiers-le-Bel), les plus rémunératrices pour les opérateurs, qui devraient être entièrement couvertes d’ici 2018, Orange et SFR ont signé avec les pouvoirs publics des conventions confirmant leur intention de déployer leurs réseaux FTTH* dans 64 autres communes du Val d’Oise, les plus intéressantes commercialement pour ces opérateurs d’ici 2020.

Pour les zones moins denses, des réseaux d’initiative publique ont été déployés pour soutenir des opérateurs. C’est le cas de Debitex (une délégation de service public commune avec la Seine-Saint-Denis), financé pour un tiers par des subventions publiques des deux départements et de la Région Île-de-France, qui doit raccorder 37 000 logements et entreprises de 7 communes du Val d’Oise en FTTH* auxquels s’ajoutent 40 zones d’activités et 180 sites publics répartis sur 13 communes en FTTO*.

Créé en 2014, le Syndicat Val d’Oise Numérique (SMOVON) est chargé de couvrir les 116 communes restantes (86 000 locaux à raccorder). « Nous sommes entrés en phase opérationnelle, explique son président, Pierre-Edouard Eon. Nous avons lancé fin novembre une consultation pour désigner, parmi les opérateurs, un délégataire de service public d’ici juin 2016. L’investissement, estimé à 100 millions d’euros, sera pris en charge à 40 % par du financement public (État, Région, Département, EPCI1). L’objectif est très clair : la totalité du département doit être fibré d’ici 2020. L’accès au très haut débit représente un enjeu majeur pour l’aménagement du territoire et les nouvelles organisations du travail, a fortiori avec les problèmes de transport que connaît l’Île-de-France. »

Parmi les opérateurs télécoms, Orange fait figure de locomotive dans le déploiement du réseau FTTH* en France. Le Val d’Oise n’échappe pas à ses ambitions. « Fin juin 2015, nous avons passé le cap des 100 000 foyers ou entreprises éligibles à la fibre dans le département, assure Bruno Clinckemaillie, Directeur des relations avec les collectivités locales du Val d’Oise pour l’opérateur. Orange couvre 36 communes, ce qui représente, dans la réalité, 80 % du déploiement fibre dans le Val d’Oise. Nous avons un an d’avance sur le planning signé avec le Conseil départemental

et nous serons candidat à l’appel d’offres [qui va être lancé par Val d’Oise Numérique – ndlr]pour la zone nord-ouest du département. » Si Orange affirme ainsi être en avance sur ses engagements et par rapport à SFR, l’autre opérateur sur fonds propres, son périmètre de déploiement reste limité à un quart du département environ, représentant la moitié des locaux à raccorder.

La coûteuse question de la fibre d’entreprise

Tel qu’il est prévu, le déploiement de la fibre dans le Val d’Oise s’adresse d’abord aux particuliers. Si le réseau FTTH* peut répondre aux besoins des PME (Orange a d’ailleurs développé un service pro FTTH avec quelques services additionnels), les professionnels représentent moins de 5 % des clients. Pour les entreprises qui ont besoin de sécuriser leur accès au très haut débit (garanties de bande passante et de temps de rétablissement en cas de coupure), entre différents sites notamment, la fibre FTTO*, déployée à la demande du client, s’impose… avec des coûts de raccordement souvent très élevés (jusqu’à 15 000 Ä selon nos sources). « Le FTTO* ne s’impose généralement que pour le siège, tempère Bruno Clinckemaillie. Pour les sites distants, qui ont besoin de téléphonie, de data, d’un accès Internet, voire de vidéo, la bonne vieille paire de cuivre du réseau téléphonique peut répondre à 90 % des besoins. »

Dans le Val d’Oise, le réseau FTTO* mis en place par Debitex, optimisé pour passer au plus près des 75 zones d’activités, doit faire baisser sensiblement le coût du raccordement. Une quarantaine de zones d’activités dans l’Est du département sont aujourd’hui raccordées. Le projet de Val d’Oise Numérique comporte lui aussi des boucles FTTO* : 110 sites publics (hôpitaux, écoles, casernes…) et 57 zones d’activités bénéficieront de coûts de raccordement subventionnés s’ils font le choix de la fibre FTTO*.

La question des coûts (raccordement et abonnement) empêche fréquemment PME et ETI d’avoir accès à cette fibre, trop souvent réservée aux grandes entreprises. C’est à ce segment de marché qu’essaye de s’adresser l’opérateur alternatif Metro Optic, qui loue du câble aux opérateurs de réseau pour y ajouter ses services. « Avec le développement des applications hébergées dans le cloud et les datacenters, la connectivité devient cruciale pour de plus en plus d’entreprises, explique Pierre Sellier, son directeur général. C’est ainsi que nous avons fait le choix de nous adresser en priorité aux entreprises qui emploient de 30 à 1 000 salariés. » « Comparé aux Yvelines par exemple, la fibre d’entreprise dans le Val d’Oise est plutôt bien développée, poursuit-il. Mais, comme ailleurs, les réseaux restent trop peu utilisés en raison, notamment, des tarifs élevés pratiqués par les opérateurs pour la location de leur fibre. » Dans la jungle des offres (voir notre lexique) et des opérateurs, le marché de la fibre doit encore, c’est une évidence, gagner en clarté.


LEXIQUE

FTTH (Fiber To The Home) : La fibre arrive jusqu’au domicile de l’abonné. Ce réseau grand public peut convenir aux professionnels qui n’ont pas d’impératifs de qualité de service.

FTTLA (Fiber To The Last Amplifier) ou FTTB (Fiber To The Building) : La fibre s’arrête avant le domicile de l’abonné (au dernier amplificateur ou au pied de l’immeuble), qui est ensuite relié au réseau, généralement par du câble coaxial. Moins coûteuse que la FTTH, elle est parfois qualifiée de « fausse fibre ». Seuls Numericable-SFR et Bouygues Telecom commercialisent des offres FTTLA ou FTTB.

FFTO (Fiber To The Office) : Réseau distinct du FTTH, la fibre d’entreprise offre des performances et des garanties en termes de débit, de sécurité et disponibilité supérieures au réseau grand public.

Partager.

Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

Poster un commentaire