Résiste !

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Au cœur de l’été, j’ai reçu un gentil mot de Jacques Duquesne, journaliste et écrivain, co-fondateur du Point dans les années 70, et accessoirement mon tuteur dans le journalisme. Il me félicitait de la longévité de La lettre de l’Entreprise (8 ans d’existence) et surtout d’avoir su financer La lettre par la pub pendant toutes ces années !

Cet homme de presse visionnaire, actionnaire du groupe “SIPA-Ouest France”, savait à quel point 2014 avait été une année mortifère pour la presse écrite et craignait, à juste titre, que 2015 ne soit celle du chant du cygne pour notre magazine.

Devant un tel désastre, en effet il y a deux attitudes : l’abattement ou la résistance.

La mort de la presse écrite n’inquiète pour l’instant que ceux qui l’éditent – ou presque – car ils sont placés au cœur de la machine à broyer l’info, devenue produit commercialisable, data à exploiter pour vendre… et non plus pour informer, expliquer, analyser… échanger.

La lettre de l’Entreprise a été créée pour valoriser et connecter un territoire, le Val d’Oise et ses bassins d’emplois avec leurs racines, leurs atouts et surtout la richesse de leurs entreprises (et de leurs entrepreneurs). Et à travers cela, la force de notre économie nationale et de ses filières industrielles, si souvent décriée par les grands médias populaires.

À la création de La Lettre de l’Entreprise, Huawei qui venait d’emménager à Cergy-Pontoise, FedEx, Air France, 3M, Aéroports de Paris, DHL, Clarins, Unibail, Novotel, SPIE, et bien d’autres encore trouvaient naturel d’encourager et de soutenir ce type d’initiative – la création d’un magazine économique – pour communiquer sur leur image locale, auprès des sous-traitants et institutionnels avec lesquels ils travaillaient.

Aujourd’hui, il faut reconnaître que, d’une part, la plupart de ces groupes font 50 à 80 % de leur chiffre d’affaires hors de France – donc, à quoi bon ? Leur adresse régionale ne figure souvent plus sur leur site web – , et que d’autre part, leurs Dircoms (nos interlocuteurs) ne sont plus que les « passe-plats », – selon leur propre expression – des budgets publicitaires attribués par les directeurs d’agences de pub worlwidedésignés par leurs directions.

La parole publicitaire n’est plus du tout locale, elle est globale… et elle se répand de préférence sur le web, rythmée par des robots capables
d’indiquer au clic près combien de personnes ont vu ou zappé la bannière qui tourne, qui tourne… Que l’internaute soit Chinois, Australien ou Néozélandais, peu importe, c’est le nombre de clics qui compte !

Si l’on peut admettre que le Net a révolutionné les chiffres de vente des couche-culottes ou de paquets de céréales, on a un peu de mal à concevoir que cela doive s’appliquer la même façon à des contenus intellectuels ayant vocation à créer du lien… Et a fortiori au financement de la presse écrite !

Résister pour le moment, c’est tenir et ne pas renoncer, ne serait-ce que parce que nos annonceurs historiques tels que le Conseil départemental du Val d’Oise, la Communauté d’Agglomération de Cergy-Pontoise, la Société Générale … nous soutiennent sans faille depuis le premier numéro et nous les en remercions chaleureusement.

Résister, c’est continuer à écrire parce que l’information économique ne peut se résumer à des brèves ou à des photos et vidéos, aussi attrayantes soient-elles, publiées sur notre site web ou notre page Facebook pour vous parler de : « L’avenir d’Air France et des conséquences dramatiques que sa disparition aurait sur l’emploi dans la plateforme de Roissy-CDG et donc sur l’équilibre de tout le bassin d’emploi du nord-est de l’Ile-de-France », d’un « Congrès inédit de scientifiques qui s’est tenu à Cergy-Pontoise » ou des « Déclarations de Philippe d’Ornano concernant l’avenir des ETI », voire de la technologie ou des enjeux d’un de vos métiers « comme le CRM Management de DS Consult » qui nécessitent plus de deux phrases ou trois images pour qu’on en comprenne les enjeux.

Résister c’est persévérer, c’est défendre l’information fouillée, vérifiée, analysée. C’est continuer de poser des questions, dénicher les start-up et les nouveaux talents qui tentent de « créer des emplois » et pas seulement de « lever des fonds ». C’est faire un vrai job de journaliste comme me l’a appris Jacques Duquesne. À vous cette fois de nous y encourager et de nous soutenir !

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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