Pourquoi investir en Russie ?

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Ils veulent faire mieux que la Silicon Valley américaine, mieux que les villes nouvelles européennes dont ils ont recruté les architectes renommés. Les Russes  développent Skolkovo, paradis  des start-up européennes, et Samara, région économique  investie par les 30 entreprises  les plus prospères au monde… Êtes-vous aller voir ?

Difficile en période électorale – les sénatoriales c’est demain1 – de faire cocorico sur un projet de développement économique en Russie alors que celle-ci et son président Poutine ont été de toutes les polémiques dans les campagnes présidentielles américaines et françaises. Doit-on s’en tenir aux aléas politiques où enquêter sur les faits économiques qui font tourner la planète ?

Depuis huit, ans les Russes ont lancé le projet Skolkovo visant à donner à Moscou une position d’excellence sur l’échiquier politique et économique mondial en matière de R&D, d’enseignement supérieur et d’innovation tous secteurs. Le projet ressemble à une Sophia Antipolis mélangée de plateau de Saclay, intégrée dans une ville nouvelle, « normée » dernier cri à la danoise.

Pour ce faire, la Fédération de Russie a créé une Fondation, soutenue par des capitaux publics surtout, puis privés, chargée de porter la création et le suivi du projet d’ensemble

Peu d’échos dans les médias français sur ce méga projet sauf dans la presse “urbanisme et architecture”, car de nombreux architectes et designers français ont été missionnés… depuis 2010 à Skolkovo. Seuls quelques entrefilets sont parus dans la presse économique, en novembre 2016, quand la Fondation Skolkovo, jusqu’ici alimentée uniquement par l’Etat Russe, a ouvert son financement aux capitaux privés.

C’est pourtant le genre de projet qui provoque habituellement des attroupements au MIPIM (salon international de l’immobilier d’entreprise) à Cannes et soulève les convoitises de nombreux acteurs, à commencer par les grands urbanistes (qui, eux, y sont allés), mais aussi des acteurs immobiliers, institutionnels, etc. Pourquoi la presse est-elle aussi discrète ? L’annexion par la Russie de la Crimée et l’embargo consécutif en sont-ils la cause ? Où est-ce si difficile de travailler avec les Russes  ? Cela l’a été, oui. Renault-Nissan peut en témoigner, qui a racheté l’usine Lada, qui est toujours la plus grande usine automobile du monde (cf. encadré page 11 sur la région de Samara), mais nombre d’entreprises américaines et françaises sont en Russie depuis des années. Trente des sociétés les plus prospères du monde dont Boeing, Cisco Systems, EADS, GE, Johnson & Johnson, IBM, Intel, Microsoft, Philips, Siemens, Nokia, Samsung ont signé des accords de partenariat de R & D avec la Fondation Skolkovo.

« Skolkovo innovation center » en chiffres
- Date de création : novembre 2009
- Situation : à 17 km de Mosco
- Transport : bientôt desservi par un train direct de Moscou
- 1 521 Start up
- 5 clusters : énergie, nucléaire, technologie de l’information, aerospace, biomédical
- 21 000 emplois déjà créés
- 70 centres de R &D partenaires
- Plus de 80 entreprises russes et internationales implantées
- 6 000 salariés dans la R & D
- 105 000 m2 pour la R&D

L’université Skoltech :
- 315 doctorants (1 200 en 2020)
- 9 centres de recherche d’innovation (15 en 2020) 
- 53 professeurs (200 en 2020)
- Le campus devrait se développer sur 203 000 m2 d’ici 2020

Investisseurs :
- Club de business angels avec 260 membres actifs
- 46 fonds accrédités avec 34 milliards de roubles
- 140 entreprises accompagnées par des fonds

 

Et à Samara, 4e région économique de la Russie, outre Renault s’y sont aussi implantés Auchan, Bosch, Danone, Tarkett, LeroyMerlin, Valeo et Société Générale.

Enfin sur le site de presse de Skolkovo, le 7 juillet, Fabrice Beschu, PDG de Décathlon Russie et de la CEI invite 21 start-up installées à Skolkovo à tester leurs produits (applications de surveillance, paiement sans contact, gestion des stocks, reconnaissance faciale, robotique, etc.) dans le nouveau laboratoire Décathlon qui devrait ouvrir, au printemps 2018, dans le magasin Décathlon d’Odintsovo, à quelques kilomètres de Skolkovo.

Pourquoi pas votre entreprise ?

Votre start-up ? En Russie ? Vu l’ardeur des Russes à communiquer sur Skolkovo, pourquoi ne pas s’y intéresser de plus près ? C’est ce qu’a fait le CEEVO, (Comité d’expansion économique du Val d’Oise), à la suite d’opportunités qui se sont présentées sous la forme d’échanges d‘étudiants franco-russes. Avant d’entrer dans la saga des relations valdoisienno-russes, découvrons ce que les Russes souhaitent concurrencer avec le «  Skolkovo innovation center », nom de l’ensemble du projet. D’abord la Silicon Valley américaine et les clusters mondiaux les plus performants. Il faut dire que ce projet intègre aussi une ville entièrement repensée, la « ville de l’innovation », imaginée par Jean-Marie Duthilleul et Etienne Tricaud, deux architectes français renommés de l’AREP2. L’objectif russe est de surpasser les villes nouvelles mondiales les plus abouties en termes de rationalisation énergétique, préoccupation écologique et revendication du soi-disant « bien vivre ensemble  ». (Ndlr  : expression galvaudée mais tellement utilisée par les urbanistes et sociologues qu’il est difficile de trouver un équivalent).

« Skolkovo innovation center » :  concurrencer la Silicon Valley

L’aventure de cette gigantesque structure publique, sous la forme d’une Fondation, a été initiée en novembre 2009 par Dimitri Medvedev, alors président. Et s’est poursuivie sous le règne de Poutine3, lors de son 3e mandat de mai 2012.

En août 2013, le projet Skolkovo a été inclus dans le « programme gouvernemental de développement économique et de l’économie de l’innovation », ce qui a permis d’affecter 3,5 milliards de roubles à son développement jusqu’en 2020.

L’Etat, bien que fortement touché par la crise, n’a pas réduit ses investissements. La Fondation a lancé en parallèle trois fonds d’investissement dotés de 30 millions de dollars chacun pour financer des start-up en phase de démarrage et s’est ouverte aux capitaux privés en 2016.

La Fondation Skolkovo a identifié cinq domaines clés de croissance : efficacité énergétique, technologies informatiques stratégiques, biomédecine, technologies nucléaires et spatiales. Soit les cinq clusters qu’elle souhaite développer et aussi des domaines où la Russie est déjà en pointe et cherche partenaires et sous-traitants pour se perfectionner et développer son business.

Start-Up village à Skolkovo - 2016

Start-Up village à Skolkovo – 2016

Le Skolkovo Innovation Center (nom générique de l’ensemble, y compris la ville) est composé :

  • d’entreprises et de startups (1 521), développant des technologies innovantes ;
  • d’un Technopark avec des zones de pépinières d’entreprises et des centres industriels pour accueillir des industries mondiales : le Centre de recherche de Boeing y est déjà (27 000 ) mais aussi Schneider, Philips, EADS
  • de l’Institut Skolkovo de Technologie (Skoltech), une école d’ingénieur généraliste
  • d’une Université de Recherche en partenariat avec le Massachusetts Institute of Technology, (bâtiment rond de 140 000 )
  • de la ville nouvelle de Skolkovo avec déjà 1 400 résidents.

Le Technopark a lui aussi bénéficié des compétences de deux autres cabinets d’architecture européens puisque c’est Jean Pistre, (Valode et Pistre), qui a dessiné le plan masse du Technopark de Skolkovo. Et Pierre de Meuron, (cabinet suisse Herzog & de Meuron), qui a contribué à la création de l’Université (toute ronde).

Enfin, le paysagiste Michel Desvigne a participé à l’aménagement et aux principes d’organisation des espaces verts et urbains qui séparent les bâtiments d’habitation, les espaces de travail et de loisirs dans la ville de Skolkovo.

Ces entités créent un écosystème d’innovation technologique et d’entrepreneuriat. Se voulant ville durable, Skolkovo privilégie les énergies renouvelables, la cogénération et la récupération de chaleur issue du traitement des déchets, dans des dispositifs adaptés à son climat extrêmement contrasté.

Par sa conception et son organisation, Skolkovo doit devenir « le » prototype des clusters et des cités innovantes.

Le paradis européen de la start-up

Des dizaines de projets novateurs mis au point par les startups de Skolkovo ont déjà connu le succès sur les marchés internationaux, notamment l’équipement pour la modélisation dynamique des champs de pétrole et de gaz, les écrans d’affichage nouvelle génération et les systèmes laser pour la chirurgie des tissus mous.
Les enquêtes ont montré que les startups de Skolkovo attirent trois fois plus les investissements que les startups extérieures.
Si l’on prend l’exemple de Décathlon cité plus haut, on comprend l’intérêt d’une telle structure pour les entreprises innovantes.
Tous les ans, en juin, Skolkovo organise un « Start up village » qui accueille les entreprises du monde entier dans son campus de façon très décontractée, style «université du Medef sur le campus de HEC», et très professionnelle à la fois avec des conférences «tout en anglais» et un programme international intense.
Tous les ans aussi, des start-up de plus en plus nombreuses viennent se faire connaître dans ce lieu qui commence à devenir « l’autre rdv des start-up », occasion rêvée pour les Russes et Victor Vekselberg  le président de la Fondation de faire connaître à de nombreuses entreprises le « Skolkovo innovation center » dans sa globalité et toutes les possibilités qu’il offre aux entreprises … à 15 km de Moscou et à 3 h de vol de toutes les capitales européennes, bien moins loin que L.A. !

 Béatrice Monomakhoff

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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