Pierre Kuchly passe la 5e

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Très actif depuis son entrée en fonction à la tête de la Chambre de commerce et d’industrie Val-d’Oise, en avril 2018, Pierre Kuchly n’a qu’une idée en tête : que plus personne, d’ici la fin de son mandat, ne se pose la question : « à quoi ça sert, la CCI » ? Toujours président de sa PME ERASIB¹, et conscient des difficultés que rencontrent les chefs d’entreprises, il met tout en œuvre pour les aider à se développer à l’international.

Pierre KuchlyPrésident de la CCI Val d’Oise

La lettre de l’Entreprise : À l’époque des plateformes en ligne et des réseaux sociaux, la CCI a-t-elle encore son utilité ?

Pierre Kuchly : « Je sais que certains disent que la CCI du Val-d’Oise ne sert à rien. Les faire changer d’avis est l’objectif principal de mon mandat. Avec Internet tout se fait à distance mais nous voulons être au plus proche des commerçants et artisans ; c’est pourquoi nous avons ouvert la Chambre aux entreprises. Nous avons mis en place un Openspot² où les entreprises du Val d’Oise sont mises en avant et où sont présentées des solutions pour le commerce et l’industrie du futur. Un semi-remorque a été aménagé pour entrer en contact plus facilement, au cœur des villes, avec les commerçants et leur présenter ces solutions d’avenir (caisses enregistreuses du futur, imprimantes 3D etc.). La CCI est aussi très présente sur les réseaux. Nous avons un compte Twitter (@CCI_95) pour partager des articles sur ces solutions du futur ou des informations quotidiennes pouvant intéresser les commerçants. De plus, j’ai lancé le hashtag #madein95 pour favoriser la promotion des tpe et pme du Val d’Oise» qui ne sont pas assez mises en avant. On ne valorise pas assez ce qui est produit dans le 95. »

La lettre de l’Entreprise : Quelles sont les missions de la CCI ?

Pierre Kuchly : La CCI a quatre missions. La première est la formation. Il y a 19 écoles régionales en Île de France dont 4 dans le Val d’Oise : l’ESSEC³ et ITECIA à Cergy, GESCIA à Gonesse et Enghien les Bains, l’IFA CHAUVIN à Osny et FERRANDI à St Gratien. FERRANDI (l’ancien l’INHACintégré dans le renommé catalogue FERRANDI depuis le 1er septembre 2017 ). Les écoles de la Chambre ont 15 % de réussite de plus que celles de l’Éducation Nationale. Un diplômé qui sort de FERRANDI a 88 % de chances de trouver un CDI.
La seconde mission est le lobbying. Lorsque des projets sont décidés par le Val d’Oise, on réfléchit à l’impact que le projet aura sur le développement économique de la région. Pour des projets de centre commerciaux, d’autoroutes … la CCI est consultée.
La troisième mission est les salons. La CCI régionale est propriétaire de tous les palais des expositions en Île de France : Porte de Versailles, le Bourget, Villepinte, le Palais des Congrès. La CCI est propriétaire à 50 % par sa filiale VIPARIS (NDLR : Viparis, filiale de la CCI de la région Paris – Île de France et du groupe Unibail-Rodamco-Westfield, gère les sites de congrès et d’exposition).
La quatrième mission est l’appui aux entreprises. La CCI organise des réunions d’informations sur le prélèvement fiscal à la source par exemple, et aussi elle encourage et aide les entreprises à se développer à l’international. »

La lettre de l’Entreprise : En quoi les missions de la CCI diffèrent-elles de celles du CEEVO ?

Pierre Kuchly : Le CEEVO et la CCI n’ont pas la même cible. Toutes les entreprises de France sont membres de la CCI car elles paient une taxe, la TFC (117 euros par an en moyenne). Il y en a 41 800 (incluant artisans, professions libérales, etc.) dans le Val d’Oise. Ces entreprises sont invitées à des réunions sur les financements, sur les délais de paiement etc.
Par exemple, la 11e édition, en novembre 2018, de « Faites de l’international » était un rendez- vous pour les PME qui souhaitaient des informations et des conseils pour s’internationaliser. Le CEEVO, lui, est outil d’accompagnement des territoires, géré par les élus du département et la Région et mis à la disposition des entreprises pour accompagner leur développement tout en renforçant l’attractivité de leurs territoires. Nous travaillons souvent ensemble sur des projets car nos objectifs se rejoignent.

Pierre KuchlyPierre Kuchly en veille permanente sur Twitter

La lettre de l’Entreprise : Pourquoi la CCI est-elle parfois impopulaire ?

Pierre Kuchly : Peut-être parce que les chefs d’entreprise, souvent très occupés, ne connaissent pas bien les services qu’elle apporte. À la fin de mon mandat, j’espère sincèrement que les gens changeront de discours quant à l’utilité de la CCI. D’après un sondage en Île de France, 86 % des entreprises qui ont utilisé les services de la CCI pour se développer à l’international sont satisfaites. 54 % disent que leur chiffre d’affaires à l’international s’est accru grâce à la CCI. Donc la CCI aide réellement les entreprises à se développer. Elle a su répondre aux questions des entrepreneurs sur le prélèvement à la source et continue son rôle pédagogique sur ce sujet.

La lettre de l’Entreprise : Pourquoi prendre la présidence de la CCI et quitter la CPME ?

Pierre Kuchly : J’ai voulu être président de la CCI car le mandat du président Frédéric Vernhes se terminait. Pour lui succéder, il fallait être un élu régional, il y en a peu, j’ai donc accepté. Je veux prouver que la CCI est utile et sait aider. Je suis entouré d’une bonne équipe qui a besoin d’un bon capitaine malgré les réductions de budget auxquelles nous allons devoir faire face. Nous allons perdre 100 millions d’euros sur le budget national des CCI chaque année jusqu’à 2022. Cela représente 24 millions au niveau régional. Il va donc y avoir un impact sur les actions effectuées.

La lettre de l’Entreprise : Que pensez-vous du climat politique ? Des manifestations des gilets jaunes ?

Pierre Kuchly : Sur le fond, je pense que le ménage moyen paie de plus en plus de taxes, ce qui engendre des mécontentements. Le gouvernement a été un peu maladroit dans sa communication et c’était sans doute inopportun de s’attaquer à la voiture en augmentant le prix de l’essence et en imposant les 80km/h sur les routes hors agglomération. Mais je ne suis pas d’accord avec les actions des gilets jaunes qui pénalisent les artisans, tpe et pme en les empêchant de gagner leur vie. Je comprends la colère mais je pense qu’il y a d’autres moyens de protester.
Par exemple, 180 camions ont été bloqués près de la SCAPNOR (filiale de distribution E. Leclerc) ; le gérant de la SCAPNOR a dû faire appel à la CCI et aux services du préfet pour régler le problème.

La lettre de l’Entreprise : Pouvez-vous nous parler de Cluster Sécurité et des bornes à incendie intelligentes ?

Pierre Kuchly : « Cluster Sécurité » rassemble des entreprises qui proposent leurs innovations pour la sécurité des citoyens et des entreprises. Nous avons travaillé au développement d’un produit qui rend les bornes à incendie intelligentes. Cela consiste à « gérer » les individus qui ouvrent ces bornes sans autorisation. Une personne télé-gère les bornes et peut, s’il n’y a pas d’incendie, la refermer à distance. C’est une solution révolutionnaire pour laquelle on a déposé un brevet qui a déjà un certain succès. On en a vendu plus d’une centaine. Le concept a été présenté au salon POLYTECH à Lyon. Nous comptons d’abord développer ce projet en France puis à l’international.

1- Cf. lalettredelentreprise.com : LDE 31 (Portrait d’ERASIB) et LDE 39 (Cluster Sécurité)
2- openspot95@cci-paris-idf.fr
3- ESSEC, ITECIA, GESCIA sont des écoles de management, de gestion et d’ingénieurs. L’IFA CHAUVIN à Osny et FERRANDI sont des instituts de formation.
4- INHAC : institut national de l’hôtellerie et des arts culinaires créé à Saint Gratien ( Cf. lalettredelentreprise.com : lde29)
5- CEEVO : Comité d’expansion économique du Val d’Oise, désormais nommé L’Agence de développement et d’attractivité des territoires du Val d’Oise.
6- CPME : Confédération des Petites et Moyennes entreprises que Pierre Kuchly dirigeait.

Béatrice Monomakhoff

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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