Philippe Sueur : plus d’un tour dans son sac !

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Depuis sa nomination à la présidence du CEEVO¹, on sait que ce prof de droit, expert de la Caisse d’Épargne d’Ile-de-France (23 ans !), maire d’Enghien (26 ans), a tous les atouts dans son sac : Philippe Sueur aime l’université, l’entreprise, dirige une collectivité locale et connaît les ficelles de la banque… On lui a posé des questions inédites.

Visite de Givaudan à Argenteuil

Visite de Givaudan à Argenteuil

Philippe Sueur, premier vice-président du Conseil départemental chargé du développement économique (auparavant conseiller départemental chargé des transports), a été élu président du CEEVO (agence de développement économique du Val d’Oise) en juin dernier. Depuis, il a passé son été à recevoir Japonais et Chinois dans le territoire valdoisien et a démarré l’automne par des missions au Japon, en Chine et à New York. Son nouveau rôle de globe trotter est-il en phase avec sa vision de conseiller départemental ?

La lettre de l’Entreprise : Beaucoup d’entrepreneurs qui voient se multiplier les missions du CEEVO à l’étranger – Japon, Chine, USA – se demandent pourquoi tant d’efforts vers l’international ?

Philippe Sueur : « Le Val d’Oise est l’un des départements d’Ile-de-France le plus exportateur. Cela va bien au-delà de la moyenne de son PIB. Nous abritons des  entreprises très pointues de dimension internationale comme Thales, Safran, Dassault mais aussi des PME et PMI qui sont performantes et exportatrices. Et il existe encore une certaine frilosité à exporter parce que c’est un peu compliqué en termes de paiements, de garanties de paiements, de crédits COFACE ou autres à mettre en place … C’est précisément la mission du CEEVO d’aller défricher des terres d’exportation où l’on peut créer des joint-venture, c’est-à-dire des associations avec des entreprises partenaires, qu’elles soient japonaises ou chinoises, voire s’y implanter comme au Japon.

La lettre de l’Entreprise : Pour l’instant, avec le Japon, ça se passe plutôt dans l’autre sens… Puisque 60 entreprises japonaises sont installées dans le Val d’Oise.

Philippe Sueur : Oui, mais ce n’est pas à sens unique absolu puisque deux ou trois entreprises valdoisiennes se sont établies au Japon, dont Vygon, fabricant de cathéters, qui a obtenu en moins de deux ans son agrément pour produire au Japon, à Osaka.

Le CEEVO joue le rôle d’accompagnateur en termes de conseils au même titre que les conseillers du commerce extérieur.

Avec le Japon, nous avons établi un lien de confiance depuis une trentaine d’années. Nous allons maintenant élargir notre couverture du territoire japonais. On s’était beaucoup mobilisé à Osaka (12 millions d’habitants). Nous travaillons aussi à Nagoya (2,2 milliards d’habitants) qui a construit une plateforme d’industrie aéronautique de pointe. Le 1er moyen-courrier japonais va être produit entre les 2 préfectures de Mié et de Nagoya. Le gouverneur de Mié, Eikei Suzuki, que nous avons reçu cet été pendant plusieurs jours avec une délégation d’entreprises japonaises et qui revient en octobre pour le Cosmetic 360 organisé par la Cosmetic Valley (cf. article page 11), en est le leader. Ce moyen-courrier sera un « Mitsubishi Regional Jet» de conception et fabrication totalement japonaise. C’est plutôt un avion de type Jet régional court- et moyen-courrier. Ils devaient commencer à établir les chaînes et l’assemblage des 1ersprototypes lors de l’été 2015.

Ces échanges peuvent être prometteurs pour nos industries aéronautiques locales. Nous avons de très nombreuses d’entreprises valdoisiennes dans l’aéronautique dont une cinquantaine étaient présentes au dernier Salon de l’Aéronautique et de l’Espace du Bourget. Elles peuvent ainsi prendre contact et devenir partenaires de l’industrie aéronautique japonaise ou de sa sous-traitance. Il faut préciser qu’au Japon, nous avons un correspondant permanent du CEEVO à Osaka (M. Yoneda), à la disposition de toute entreprise souhaitant exporter au Japon.

La lettre de l’Entreprise : Et en ce qui concerne la Chine ?

Philippe Sueur : Cela fait plus de dix ans que CEEVO a établi un bureau permanent à Shanghai, très facile d’accès, au sein d’une université, et qu’il développe des relations avec plusieurs régions de Chine. Les entreprises françaises peuvent ainsi s’adresser directement sur place pour obtenir informations pratiques et services. De nombreuses entreprises valdoisiennes ont bénéficié d’introduction ou d’aides du CEEVO et autres organismes partenaires pour s’implanter : on peut citer SIM Aerotraining dans le domaine aéronautique, SDI dans le domaine des bancs d’essais ou de Bernard, pour la fabrication des vannes industrielles.

Lors des missions à l’étranger, l’exploration des échanges avec la Chine s’effectue dans de nombreux secteurs et permet parfois de découvrir des grandes entreprises chinoises comme Huawei, dans les secteurs télécom ou Comac dans l’aéronautique pour ne citer que les plus grandes, mais aussi CAS et AVIC et de découvrir leur tissu de PME-PMI. Quand les délégations chinoises viennent en France au Salon du Bourget ou quand nos partenaires Japonais se rendent au Salon Cosmetic 360 à Paris, le CEEVO crée des événements et en profite pour faciliter les échanges avec le tissu des PME-PMI valdoisiennes.

À cet effet, nous disposons au CEEVO, ici en France, à Cergy-Pontoise, d’un correspondant japonais et un chinois à l’année, en plus de nos équipes export, prêts à aider tout entrepreneur souhaitant développer des projets en Chine ou au Japon.

Avec nos partenaires internationaux, nous nous efforçons de développer des échanges industriels et commerciaux mais aussi touristiques. Il s’agit d’attirer l’attention des Japonais et des Chinois sur les atouts touristiques du Val d’Oise. Nous souhaitons convaincre nos hôtes de l’attractivité de nos infrastructures touristiques qui peuvent les accueillir même pour un court séjour, et de la qualité de nos atouts : golf, patrimoine, ressources hôtelières, etc… et de la proximité du Val d’Oise avec Paris.

La lettre de l’Entreprise : Et qu’en est-il de votre démarchage aux Etats-Unis ?

Philippe Sueur : C’est une démarche que le CEEVO a entreprise plus particulièrement à Washington, à Atlanta, à Phoenix et à New York. À Atlanta dans le cadre de la démarche Hubstart Paris Région®, qui se focalise sur l’attractivité des plateformes aéroportuaires et plus particulièrement sur celles de Paris-Roissy-CDG, en synergie avec celle d’Atlanta (le plus grand aéroport du monde pour le fret) et de Shanghai pour y attirer des entreprises à venir s’installer près des aéroports.

Le CEEVO est allé à New York, en septembre 2015, avec plusieurs entreprises dans le cadre de l’opération organisée par Atout France et le Ministère des Affaires Etrangères. L’opération « Best of France » réalisée sur Times Square a permis d’exposer sur 500 mètres de stands : la France, ses industries, ses services, ses produits de luxe. Le CEEVO a regroupé des petites entreprises comme Revora concept ou Booke aux cotés de signatures telles que Clarins ou Falcon Dassault et a partagé un stand avec le groupe Barrière (station thermale d’Enghien) et la ville d’Enghien-les-Bains pour attirer du tourisme ludique, de confort et de détente.

C’était une occasion unique de mettre à l’honneur les entreprises internationales du Val d’Oise.

La lettre de l’Entreprise : En parlant de tourisme ludique, qu’avez-vous pensé du recul de l’EPA² Plaine de France vis-à-vis du calendrier d’Europa City ?

Philippe Sueur : C’est purement politique. Ce recul était conditionné par la proximité des élections régionales et de la tenue de la COP21. Il y a eu des rumeurs de « zadistes » qui risquaient de mettre en péril le bon déroulement de la COP21 en décembre prochain, cet événement à vocation internationale qui se déroule sur la plateforme de Roissy-Le Bourget. C’est pourquoi le préfet a reporté son avis. Ce qui est encourageant en revanche, c’est qu’Auchan a signé le protocole foncier qui concerne EuropaCity. Cela implique la volonté du gouvernement. C’est l’autorité environnementale qui n’émettra pas son avis.

La lettre de l’Entreprise : Le budget du CEEVO a-t-il été voté à votre convenance ?

Philippe Sueur : Il a été voté tel que nous l’avons présenté avec la rigueur de la lettre de cadrage. Le président Arnaud Bazin a compris que nous avons besoin d’opérations propres de communications qui seront imputées sur d’autres budgets pour permettre un renforcement de l’attractivité de notre département. »


1- CEEVO : Comité d’Expansion Économique du Val d’Oise
2- EPA / Etablissement Public d’Aménagement

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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