Panhard-Sogaris-Val d’Oise : même combat !

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Quand de grands acteurs publics et privés mutualisent leurs savoir-faire, on arrive à créer de la logistique écologique, des emplois et des bureaux et à anticiper les besoins des consommateurs. N’est-ce pas un peu celle-là, la France qui gagne ?

Lors d’une table ronde réunie par Alain Panhard,président du groupe immobilier éponyme, en avant-première du SIMI1, on a tout appris ou presque de l’avancement du projet de Bruyères-sur-Oise-La Chapelle International. Un projet qui va changer la vie des consommateurs de la Grande couronne, multiplier l’arrivée de grandes enseignes de la distribution et autres industriels sur la plateforme logistique de Bruyères-sur-Oise (95) et entraîner la naissance d’un ensemble tertiaire.

Véritable révolution de la logistique qui pourrait fluidifier le trafic des marchandises de Paris Grande couronne et attirer à très court terme business et emplois sur la plateforme multimodale de Bruyères-sur-Oise, l’autoroute ferroviaire (cf. encadré) de Bruyères-sur-Oise à Paris La Chapelle devrait être prête fin 2017, et ses navettes aptes à transporter, fin 2018, l’équivalent de 60 semi-remorques par jour.

Non contente de créer une plateforme multimodale de 35 000 m2, Sogaris a engagé un partenariat opérationnel avec le groupe immobilier Panhard, pour développer à la fois un espace tertiaire et un espace logistique de 15 à 30 000 m2 à Bruyères-sur-Oise. Ce projet est attendu pour sa phase de test au deuxième semestre 2017.

Qu’est-ce qu’une autoroute ferroviaire ?

Sogaris2, spécialiste des plateformes immobilières et de la logistique urbaine, veut mettre en place une navette ferroviaire entre une base amont, le port de Bruyère-sur-Oise, à 45 kilomètres au Nord de Paris et un « terminal ferroviaire urbain (TFU) à Paris, en bordure du périphérique, le long du faisceau ferroviaire de la gare du Nord. « Prenons l’exemple d’un camion qui livre des produits frais depuis une plateforme de stockage du 95 à un Monop’ dans Paris. Entre le réseau routier congestionné, les contraintes environnementales et la charte logistique de Paris Métropole, le camion ne peut, actuellement, faire deux allers-retours dans la journée. En 2018, les camions iront au terminal ferroviaire de Bruyère-sur-Oise, relié au terminal ferroviaire urbain de Paris. Le fer prendra le relais de la route. Les chauffeurs éviteront tout encombrement à l’entrée de Paris et gagneront un temps infini. Arrivées au Terminal, dans l’Hôtel logistique de La Chapelle (cf. photo), les semi-remorques seront déchargées du train avec un matériel adapté. Puis leurs contenus seront acheminés dans Paris, si possible avec des véhicules à empreinte carbone réduite. Ce système garantit deux livraisons par jour, si nécessaire. »

Ce principe de navette ferroviaire est « fondé sur la technique innovante de ”l’autoroute ferroviaire urbaine Short line”, entre le port de Bruyère-sur-Oise et l’Hôtel logistique de Chapelle International, à Paris 18e. Il est conçu pour permettre deux allers-retours par 24 heures, avec des arrivées de trains au Terminal Chapelle International vers 1 h du matin pour la première navette et 13 h pour la seconde »précise un expert de Sogaris.

Le Val d’Oise impliqué

Arnaud Bazin, président du Val d’Oise et de la communauté de communes du Haut Val-d’Oise où est située Bruyères-sur-Oise, commente :

« Le site de Bruyères-sur-Oise, à 40 km de Paris et à 28 km de Roissy, devait être développé par la ville. Le département a repris le foncier il y a 20 ans : 187 hectares dédiés à l’industrie et à la logistique, avec des accès routiers, tels que l’A16 à 10 mn… »

Bruyères dispose d’équipements portuaires. Un embranchement ferré la relie à Paris ou au Havre. Ce site majeur présente toutes les caractéristiques nécessaires au succès de l’opération. Il est trimodal (routier, ferroviaire et fluvial), accessible au départ de Paris par le réseau ferroviaire Nord et dispose de réserves foncières pour la construction de futurs entrepôts pour la logistique. Des acteurs de la grande distribution et de la messagerie sont déjà présents sur ce site comme la centrale d’achats de Leclerc IDF Nord, Métro ou Ups, des transporteurs, des industriels comme ArcelorMittal, Ims et des acteurs de la valorisation des déchets. » 

« Notre département a aussi investi dans l’accès routier. Actuellement, la desserte routière du Port de Bruyères (ZAE) est empruntable par les poids-lourds seulement par le Nord, depuis la RD 924. Afin d’accélérer le développement de la zone d’activité, nous allons construire un accès sud, depuis la RD 922 au niveau de l’île des Aubins. Les étapes administratives ont été franchies, nous attendons que la région délibère pour nous accorder une subvention. Cette amélioration de la desserte de la plate-forme multimodale de Bruyères-sur-Oise est un enjeu départemental majeur. Cette nouvelle route peut faire gagner plus de dix minutes aux poids-lourds venant de Paris qui doivent actuellement contourner le port par le nord. Le nouvel axe servira aussi à « capter le trafic de l’A1, via la Francilienne », précise Arnaud Bazin. 

Coût de l’investissement : 2,4 millions d’euros, financés dans le cadre du Plan particulier Région-Département, à 50 % par chacune de ces deux collectivités. Les travaux pourraient débuter début 2017.

Les derniers km dans Paris

« C’est avec le partenariat d’Eurorail et de XPO Logistics (accord tripartite exclusif) que nous avons conçu l’exploitation et la commercialisation d’une solution de transport innovante, intégrant une navette ferroviaire urbaine pour Paris et sa proche banlieue… en bref celle des derniers km jusqu’au consommateur » explique Jonathan Sebbane, directeur général de Sogaris. « Le point capital, c’est l’entrée des marchandises dans Paris, avec une grande sensibilité des riverains au développement durable et, paradoxalement, des besoins accrus générés par le e-commerce, les services de livraison, la réduction de la place de l’automobile. L’Île-de-France représente 300 millions de tonnes livrées, Paris 30 millions. Le trafic des marchandises s’effectue actuellement à 90 % par la route, ce qui entraîne une congestion du trafic et nuit à la qualité de l’air. »

400 camions de moins par jour

« Le bâtiment de La Chapelle accueille la navette entière, ce qui limite les manœuvres, donc les coûts et réduit les délais. La « rupture de charge » se fait à Bruyères et le transfert à La Chapelle. L’objectif est que les coûts par caisse transportée soient équivalents à la route (sans subventions publiques) et qu’il y ait 400 camions de moins par jour sur les routes, soit l’équivalent de 4 navettes ou trains. Ce projet marque un véritable tournant en matière de logistique urbaine en permettant d’acheminer les marchandises au cœur de Paris par la combinaison du ferroviaire et du routier. Il illustre ce que peut être une logistique du dernier kilomètre fiable, économiquement performante et éco-responsable. »

Panhard : un choix acté

Malgré un marché immobilier logistique boudé par les chargeurs et qui connaît un net fléchissement en Île-de-France, le groupe immobilier Panhard poursuit ses investissements dans ses projets normands mais s’intéresse depuis longtemps à la logistique urbaine multimodale de Bruyères-sur-Oise.

« Le projet de Bruyères, soit 135 000 m2, présente des atouts : des éléments structurants, des facteurs majeurs que l’on ne retrouve pas partout, un foncier disponible, un sillon ferroviaire existant, des acteurs publics qui ont décidé la construction d’un hôtel logistique à La Chapelle. Panhard, en tant que développeur, a imaginé une solution… Trois bâtiments sont à développer, c’est une opération privée…  L’objectif est que 50 % de l’activité du site de Bruyères-sur-Oise soit orientée vers la navette. Nos marchés cibles sont la grande et moyenne distribution, le textile notamment, mais aussi les meubles, le bricolage, ou l’agro-alimentaire ainsi que le e-commerce et la messagerie urbaine dont on connaît l’actuel essor. Les premiers nouveaux entrepôts devraient être opérationnels courant 2018, l’année où la navette de Bruyères-sur-Oise serait lancée », a déclaré Christophe Bouthors, directeur général de Panhard.

Béatrice Monomakhoff

1 SIMI : Salon de l’Immobilier de l’Entreprise

2 Sogaris : Société d’économie mixte créée en 1960 par Paul Delouvrier qui souhaitait créer 4 plateformes logistiques aux 4 points cardinaux de la capitale (Garonor au nord, Sogaris au sud etc..) Sogaris est à présent un acteur dans l’immobilier logistique et les services associés et est devenue une référence européenne dans la conception, l’aménagement, l’investissement, la commercialisation, l’exploitation et la gestion de plates-formes logistiques de fret multimodales et urbaines ; C’est une entreprise à capitaux majoritairement publics.

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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