Mutualisation et Digitalisation au cœur de tous les projets

Si le règne de la digitalisation est une chance pour la France, ses start-up, ses ingénieurs et sa créativité, elle est aussi source d’angoisse, voire de peur (cf. étude Dell p 14-15) pour les entreprises qui vivent la désindustrialisation, voire l’ubérisation de leurs métiers, qui se fait souvent au détriment de grands noms de l‘industrie ou d’enseignes qui faisaient la gloire de l’économie française. Ne s’en sortent que celles qui empruntent la voie de l’innovation. Quant au secteur public, sa planche de salut passe aujourd’hui par la mutualisation… en attendant les moyens !

Planète connectée, usine digitale 4-0, Big Data… Tout cela dure depuis un moment déjà et, comme dit l’économiste Nicolas Bouzou, n’est pas prêt de s’arrêter. Oui, on n’arrête pas le progrès. Pour l’anecdote, je rappellerai ce que ce même Nicolas Bouzou racontait, il y a déjà deux ans, à un parterre de PME Valdoisiennes réunies par le réseau Coaxion : «  Les taxis pensent qu’ils vont être tués par les VTC. Ils vont bien être tués, mais par la voiture sans chauffeur. Donc je serais eux, je n’affecterais pas toutes mes ressources à faire du lobbying contre les VTC. Et d’ailleurs le leader des VTC en France s’appelle Uber. Qui a pour actionnaire ? Google. Ça ils ne l’ont pas vu ! »

La Redoute, notre vieille dame de la VPC (vente par correspondance) n’a sans doute pas vu à temps qu’H&M et Zara, qui quadrillent la France de leurs boutiques, étaient en train de lui prendre ses clientes. Mais deux de ses cadres dirigeants ont pris en mains sa résurrection. Ils ont su innover pour se redéployer via Internet, se renouveler et empêcher Amazon de détourner leurs dernières clientes. À quel prix ? Celui du licenciement de 1 200 salariés… avec en contrepartie le sauvetage d’un empire, d’une marque, La Redoute, qui se déploie jusqu’en Russie et réembauche, 3 ans plus tard, d’autres profils dans l’entreprise qui a réussi sa transformation numérique.

Si l’on réécoute attentivement Nicolas Bouzou qui, par ailleurs décrit dans son dernier livre comment « L’Innovation sauvera le monde » (cf. en exclu web), « La croissance des pays développés (France, Etats-Unis, Europe en général, Japon …), ne peut être tirée que par l’innovation. Ce qui va l’accompagner est un phénomène de destruction créatrice. De nouveaux produits remplacent les anciens. De nouveaux services remplacent d’anciens services. De nouvelles façons de faire de la distribution remplacent d’anciennes façons de faire de la distribution. Comme à chaque début de grands cycles d’innovations… »

Pas simple d’accepter la « désindustrialisation » de la France, les licenciements qui l’accompagnent, mais « on peut envisager son renouveau, sa ré-industralisation » conçoit Christophe Sirurge, secrétaire d’état chargé de l’Industrie, estimant que l’économie numérique tend à ramener les usines en France ». Mais qui y croit encore ? Et des usines pour quoi faire ?

« L’usine de demain ne doit pas être une usine qui emploie mais une usine qui produit … Et si possible des produits attendus par les clients » rappelle Jean-Marc Daniel, autre économiste, précisant que « le but de l’économie est bien de préparer les emplois qui vont exister et non de préserver les emplois qui existent (ce que prétend préserver la baisse des charges.) » ajoute-t-il non sans sarcasme…

Transformer son business model

Alors comment « Réussir sa transformation numérique » avait demandé Usine Nouvelle pour ouvrir ses 7eme assises de l’industrie à plusieurs patrons ? Des plus grands aux plus petits, ils cherchent des solutions. Beaucoup se reposent sur les organisations et systèmes en place, mais la plupart semblent assez démunis face à la révolution numérique.

Pierre Perdoux, d’Airbus (Head of Production Performance) avoue qu’Airbus n’utilise pour l’instant qu’1 % des données produites et ne met pas assez à profit la communication transversale.

Olivier Leteurtre, dg de Dassault Systèmes : « L’innovation c’est comprendre les usages des clients et inventer un service qui corresponde à son besoin. Si vous ne connaissez pas votre client, vous vous le faites piquer ! »

Élisabeth Ducottet, de Thuasne (ETI de matériel médical), fait appel à une start-up pour mettre à profit ses innovations :

« Notre industrie a changé … on fabrique des “produits-services” et ce n’est pas l’industrie du futur mais bien celle d’aujourd’hui. Ecouter le client, le patient pour nous, est capital. Car il est acteur et n’est plus passif. On va vendre autrement avec l’aide d’une start-up qui va nous permettre de « Faire de l’unique de façon industrielle » avec le lancement d’un scanner pour les pharmacies et la mise en place d’une plateforme d’échanges avec les clients. »

Atos, entreprise globale de service au numérique

Lors de ses 7ème assises, le prix de l’industriel de l’année a été remis à Thierry Breton, pdg d’Atos, qui a rappelé « à quel point la technologie est un facteur de compétitivité pour une entreprise ». Atos, dont le siège est à Bezons (95), affiche un chiffre d’affaires 2015 de 10,6 milliards d’euros, en hausse de 18 %, avec un bénéfice net de 406 M€ (+ 53%) et emploie 99 500 collaborateurs dans 72 pays dont 16 500 en France. Atos a été choisie par Usine Nouvelle pour ses résultats mais aussi parce que Thierry Breton, ce pourfendeur de la dette, a doublé la taille d’Atos sans endettement et en a fait un champion du numérique. C’est son choix d’acheter et d’absorber Siemens SIS en 2011, puis BULL, devenue une pépite. Au delà de son métier d’infogérance, Atos propose ses services d’entreprise globale du numérique en concurrence avec Cap Gemini, Ibm, Accenture et HPE. Le challenge de demain de Thierry Breton est de « résister aux  barbares du GAFA , les Google et Amazon… ! »

Epilogue

En lançant le label « French Tech » en 2013, Fleur Pellerin avait-elle imaginé que 210 entreprises françaises seraient labellisées 3 ans après pour se rendre au CES de Las Vegas, la Mecque de la Tech où se retrouvent les start-up du monde entier ? Certainement pas ! L’ex ministre de l’économie numérique, très appréciée dans son secteur, virée du gouvernement en 3 clics en février dernier, dirige désormais Korelya Capital, son fonds d’investissement, doté de 100M€ par le Google coréen. Mais sans doute se réjouit-elle de voir ce french label reconnu en France et à l’étranger ? Avant de boucler ce dossier, nous souhaitions la remercier du travail qu’elle a accompli en faveur des start-up françaises.

Béatrice Monomakhoff