Macron frappé au (Bon) Coin du bon sens

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Suite à la présentation de son projet de loi sur les Nouvelles opportunités économiques (Noé), Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, est allé rendre visite au Bon Coin. Le site de vente entre particuliers a tenu à rappeler à ce dernier le déséquilibre de traitement fiscal avec ses concurrents étrangers.

Emmanuel Macron présente #noé

Le 9 novembre au matin, lors d’une présentation qui ressemblait furieusement à une des fameuses « keynotes » popularisées par Apple et son créateur Steve Jobs, Emmanuel Macron mettait sur les rails son nouveau bébé législatif, baptisé du nom de #Noé, qui entend stimuler l’économie numérique. L’après-midi, le ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique rendait visite à deux fameuses licornes tricolores, ces entreprises issues des nouvelles technologies et valorisées au-delà d’un milliard de dollars. Après Deezer (service d’écoute musicale en streaming), M. Macron a fait une halte au Bon Coin, le site de vente en ligne entre particuliers, aux 26 millions d’annonces.

1 Français sur 3 se connecte chaque mois
Le ministre avec E. Jouteau DG du Bon Coin

Le ministre avec E. Jouteau DG du Bon Coin

Véritable phénomène social, auquel un Français sur trois se connecte chaque mois, Le Bon Coin est désormais la première plate-forme française d’annonces pour les particuliers pour l’immobilier, l’emploi (hors Pôle Emploi) et l’automobile. Propriété du Norvégien Schibsted Media Group, Le Bon Coin affichait, fin 2014, un chiffre d’affaires de 151 millions d’euros (+21 % par rapport à l’année précédente), emploie 350 collaborateurs et prévoit d’en recruter 130 en 2016. Bref, dix ans après son lancement, il s’affiche comme l’un des succès éclatant de l’économie numérique made in France… De quoi incarner et nourrir le projet de loi du ministre, qui fût, aux dires d’un collaborateur du Bon Coin, « pertinent dans ses questions ». Ministre qui n’est pas reparti les mains vides : Antoine Jouteau, directeur général du Bon Coin a tenu à lui faire passer deux « petites annonces » : l’une sur le manque récurrent de développeurs en France, estimé à 100 000, et l’autre sur le volet fiscal de l’économie numérique (que le projet #Noé n’aborde pas).

En indiquant que Le Bon Coin a payé « 20 millions d’euros de charges sociales et 30 millions d’euros d’impôt sur les sociétés en 2014, » il n’a pas échappé à Emmanuel Macron qu’Antoine Jouteau lui suggérait de comparer avec les sommes payées par ses concurrents étrangers, notamment américains, les fameux GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Orfèvres de l’optimisation fiscale, les GAFA, en particulier, donnent depuis longtemps à la fiscalité numérique l’allure d’un casse-tête. Tandis qu’Amazon est sous le coup d’un redressement fiscal de 250 millions de dollars par les services français – le géant du commerce en ligne a cependant annoncé cette année qu’il allait déclarer ses revenus dans le pays où il créait de la valeur -, la fameuse « taxe Google », centrée sur la publicité en ligne, traîne, sans résultats, dans le débat français depuis 2010. Visiblement, Le Bon Coin aimerait bien que le ministre la fasse monter dans son arche de Noé.


1- Selon le Global Financial Centres Index publié par le cabinet Z/Yen en septembre 2015.
2- Selon le classement 2014 établi par The Journal of Commerce.

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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