L’origine France prend de la valeur

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Aux 4ᵉ assises du Produire en France, à Paris en octobre 2018, on ne pratiquait la langue de bois ni du côté des entrepreneurs venus débattre du label Origine France Qualité et inaugurer une boutique éphémère Made in France au Centre commercial Italie 2, ni du côté du ministre de l’Action publique, Gérald Darmanin ou des anciens ministres Yves Jégo¹ et Arnaud Montebourg, organisateurs de l’évènement.

La réindustrialisation du pays est en marche, les chiffres montrent une amélioration depuis 2016. Beaucoup reste à faire pour égaler l’Allemagne, dont le poids de la production industrielle reste le double de celui de la France. Tout le monde s’accorde à dire que faire venir du monde entier grands ou petits produits n’est pas une bonne nouvelle pour la planète.

Olivier Remoissonnet

Olivier Remoissonnet

À la tribune des Assises du Produire en France, une dizaine d’entrepreneurs venus de tout l’hexagone ont témoigné qu’il est parfaitement possible de produire en France. Olivier Remoissonnet dirige, à 48 ans, Bioseptyl, la seule marque de brosses à dents certifiée Origine France Contrôlée. 16 grammes écoconçus et produits près de Beauvais. Cet ingénieur de formation, après sept années dans le secteur automobile, rejoint en qualité de directeur industriel une fabrique de brosses à dents fondée en 1845. Mais en 2012, l’entreprise est à la peine, en raison des charges d’exploitation. Olivier Remoissonnet reprend l’entreprise pour lui donner un nouvel avenir.

Boiseptyl

« J’ai racheté Bioseptyl avec la conviction de pouvoir faire les choses autrement. Nous n’avons aucun complexe à affronter les leader mondiaux car on arrive sur le marché avec d’autres valeurs ».

Plusieurs décisions stratégiques sont prises : arrêt de la production en Asie, automatisation à outrance, démarrage de la vente en ligne avec un nouveau concept d’abonnement. L’entreprise compte déjà 35 000 clients qui reçoivent leur brosse à dents par courrier. Les enfants sont ravis de voir leur brosse à dents arriver avec le facteur ! L’objectif est d’atteindre rapidement 100 000 abonnés.

Olivier Remoissonnet décide d’être présent dans les circuits bio et de développer l’export. « Le know how français est apprécié dans le monde entier », et fort de ce capital d’image, Bioseptyl s’exporte aujourd’hui dans une dizaine de pays, dont le Liban et la Chine ! Pour le dirigeant de cette PME de 31 personnes, « la préoccupation environnementale prend de l’ampleur et la France est une référence ». Le succès de la marque repose sur « un socle immuable, celui d’une fabrication française de qualité qui respecte l’environnement ». Bioseptyl est le 1ᵉʳ organisateur d’un tour de France du recyclage de brosses à dents, un enjeu important, puisque chaque année 5 300 tonnes de plastique sont mises à la poubelle en France.

France des usines, plus un espoir qu’une nostalgie

Une jeune génération du Made in France se lève, renonçant à rejoindre les grandes entreprises pour vivre leur propre aventure. Thomas Huriez, 37 ans, ancien informaticien, fait partie de ceux-là. Il a choisi de donner un nouveau sens à sa vie. Possédant une boutique de mode, il est devenu « son propre fournisseur lorsque ses fournisseurs ont fermé les uns après les autres », en créant « 1083 », une marque de jeans et de chaussures fabriqués en France.
1 083 km est la distance entre les 2 villes les plus éloignées de France, Porspoder en Bretagne et Menton sur la Côte d’Azur. La marque revendique donc un sourcing local, prenant le contrepied de décennies de pratiques d’achat en Asie. Pas étonnant que le logotype de cette marque soit une borne kilométrique. C’est par ailleurs la première enseigne que l’on voit en entrant dans la boutique éphémère du Centre commercial Italie 2.

1083 a créé 70 emplois directs et indirects depuis 5 ans avec l’ensemble des étapes de la fabrication : dessin, teinture, tissage, coupe et couture. Pour simuler l’usure, plus besoin d’eau, un laser suffit. « Les clients finaux sont la force productive, ce sont eux qui peuvent faire tourner nos usines en France. 97 % du prix de nos jeans provient de France, seul le coton vient d’Afrique, et nous avons le projet, en utilisant des jeans usagés, de créer ainsi une économie circulaire ».

1083
France, pays d’innovation 

Pour le pdg d’ERA-SIB, installée à Argenteuil, le “Made in France” est une vitrine, un argument commercial. «C’est la raison pour laquelle j’ai demandé et obtenu le label Origine France Garantie ».
ERA SIB fabrique des électrovannes, des robinets commandés électroniquement, utilisables partout où il y a des fluides à gérer. Après avoir été directeur commercial puis directeur général 5 ans chez ERA-SIB, Pierre Kuchly a racheté l’entreprise en 2002 lorsque le précédant dirigeant a pris sa retraite. « J’ai développé l’entreprise à l’international car son savoir-faire est reconnu notamment pour des applications difficiles (hautes pressions, cryogénie, fluides agressifs etc…). Aujourd’hui, plus de 50 % du chiffre d’affaires d’ERA-SIB provient de l’export, notamment en Europe du Nord, en Asie, en particulier en Chine, en Corée du Sud et aux Philippines. Je suis fier de dire que nous vendons en Chine quand tant d’autres y achètent ou font fabriquer ». Le président d’ERA-SIB a maintenant des projets de développement en Amérique du Nord. « En reprenant l’entreprise, ma première décision a été de modifier le logo, en utilisant le bleu, le blanc et le rouge car je suis fier de fabriquer en France. La France, et on ne le dit pas assez, est le pays de l’innovation ».

Salon du Made in France
1- À l’origine du label Appellation d’Origine Garantie crée en 2010 rejoint par plus de 600 entreprises.

Olivier Cerf

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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