« Les experts » investissent Pontoise

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Le Pôle judiciaire de la Gendarmerie nationale (PJGN) va quitter son fief historique de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) pour emménager à Pontoise (Val d’Oise) à la fin de l’année 2014. C’est une reconnaissance pour ce service de pointe en matière de criminalistique et d’intelligence judiciaire et de nouveaux moyens en perspective.

La reconstitution en 3D permet de figer les scènes de crime

La reconstitution en 3D permet de figer les scènes de crime

Au fort de Rosny, érigé au milieu du XIXe siècle pour protéger Paris, on est parfois bien loin de l’univers high-tech décrit dans les séries américaines. Les vieux bâtiments de garnison et plusieurs préfabriqués installés dans la cour abritent pourtant bien le laboratoire scientifique de la Gendarmerie nationale. Car, plus que de ses moyens matériels, ce sont de ses hommes que l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN)1, semble d’abord tirer sa renommée.
Avec un personnel « dont près de 10 % est titulaire d’un doctorat ou d’un DEA, et plus de 30 % d’un master ou d’une maîtrise » et des officiers « souvent passés par les grandes écoles » selon l’état-major, l’IRCGN recrute d’abord « des passionnés de criminalistique », capables de consacrer de longs moments à expliquer leur spécialité au journaliste en visite.

Toxicologie, balistique, incendies et explosifs, informatique et électronique, analyse radar et reconstitution 3D, analyse du son et de l’image, analyse de documents et de véhicules, empreintes digitales, analyses génétiques, anthropologie, odontologie (étude des dents), entomologie (insectes) ou encore palynologie (pollens et spores) : l’IRCGN couvre un champ de compétences extrêmement large pour remplir à la fois des missions de police technique et scientifique et de médecine légale.

Lutter contre la cybercriminalité

« C’est ce caractère pluridisciplinaire, cette variété de compétences regroupées en un seul point, qui fait la force de l’IRCGN » estime le général de division Jacques Hébrard, qui commande le Pôle judiciaire. « Nous avons une approche ouverte du système et aucune porte n’est jamais fermée. À titre d’exemple, en ce moment, nous travaillons beaucoup l’identification faciale et les outils de lutte contre la cybercriminalité, un sujet qui, nous le pensons, va prendre de l’ampleur dans les années à venir ».
« Le second atout majeur de l’IRCGN est sa capacité opérationnelle à envoyer à tout moment des gens sur le terrain »
poursuit le général Hébrard. Doté d’un laboratoire mobile unique en France, le Lab’Unic, qui fait la fierté du service, les experts de l’IRCGN peuvent se projeter au plus près des scènes de crime et de catastrophe, en renfort des gendarmes de terrain, premiers maillons dans la chaîne criminalistique de la Gendarmerie. « C’est aussi en allant sur le terrain que l’on s’améliore » ajoute le colonel Bruno Vanden-Berghe, commandant adjoint du pôle judiciaire. « Le retour d’expérience des missions d’identification de victimes que nous avons menées après le tsunami en Thaïlande ou le tremblement de terre en Haïti est ainsi incomparable. »

4,5 millions d’ en analyses génétiques

La montée en puissance des méthodes de police technique et scientifique commence à la fin des années 1980. « Pour la Gendarmerie, le déclencheur a été l’affaire Grégory » raconte le général Hébrard. « On a pris conscience de la fin du règne de l’aveu au profit de la preuve matérielle et de la nécessité de revoir notre copie dans ce domaine. » Tandis qu’il existe cinq laboratoires de police scientifique disséminés sur le territoire (aujourd’hui regroupés au sein de l’Institut national de police scientifique), la plate-forme technico-scientifique de la Gendarmerie est alors réduite à la portion congrue. « Nous avons commencé par élargir notre champ d’action à la génétique, à l’électronique ou encore à l’informatique, alors en plein développement. En 1992, après le crash du mont Sainte-Odile, où il a fallu procéder à l’identification des victimes, nous nous sommes ouverts à la médecine légale. Les effectifs de l’IRCGN ont suivi en conséquence : il y avait 27 personnes en 1989, 155 en 1995 et nous sommes 225 aujourd’hui. Cela reste pourtant encore peu, comparé à certains pays voisins comme l’Allemagne ou les Pays-Bas. »

A côté des experts de l’IRCGN, les enquêteurs du Service technique de recherches judiciaires et de documentation (STRJD) constituent le second pilier du PJGN. Analyse des faits et des comportements, administration de fichiers et lutte contre la cybercriminalité : la mission du STRJD consiste à centraliser et à valoriser l’information judiciaire de la Gendarmerie, symbole aussi que « c’est bien l’enquête qui reste le fil conducteur de la chaîne criminalistique » selon les mots du colonel Vanden-Berghe. Au total, ce sont donc 550 personnes qui travaillent au sein du PJGN, doté d’un budget annuel d’environ 6,5 millions d’euros (hors rémunérations et charges sociales), dont 4,5 millions sont consacrés aux seules analyses génétiques (100 à 150 000 prélèvements sont effectués chaque année).

Un déménagement attendu

Le fort de Rosny et ses préfabriqués ne suffisent aujourd’hui plus au PJGN. « Le site de Rosny n’est plus adapté aux contraintes d’un laboratoire moderne et on ne peut pas éternellement refaire du neuf avec du vieux » estime son commandant, lui-même installé avec son état-major dans une structure d’appoint. Au dernier trimestre 2014, l’ensemble du pôle judiciaire doit donc prendre ses quartiers dans des locaux flambant neufs de 17 000 m², situés dans le quartier Lange à Pontoise, et ainsi rejoindre le laboratoire d’analyses génétiques de l’IRCGN, qui y a été transféré dès 2004. Etroitement associés à la conception des nouveaux laboratoires, les scientifiques de l’IRCGN semblent attendre avec impatience ce déménagement annoncé il y a plus de dix ans.
Un temps en concurrence avec Fontainebleau, où le ministère de la Défense avait également des terrains disponibles, Pontoise a rapidement fait pencher la balance en sa faveur. « Le positionnement de la ville, carrefour autoroutier et ferroviaire avec le RER A et C, situé pas loin de l’aéroport de Roissy, explique ce choix » raconte le général Hébrard. A posteriori, la présence dans le Val d’Oise de grands groupes de défense tels que Safran et Thales, ainsi que la proximité de l’université de Cergy-Pontoise, « à laquelle nous souhaitons proposer des sujets de R&D », constituent autant d’atouts sur lesquels les experts du pôle judiciaire souhaitent capitaliser.

2- L’IRCGN constitue l’un des piliers du Pôle Judiciaire de la Gendarmerie Nationale (PJGN).

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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