Le poids des charges… le choc des marges

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J’ai le souvenir, dans les années 60, de ces concours organisés dans les lycées sur l’Europe. Elle nous faisait rêver, nous les jeunes qui étions nés au sortir de la guerre, et qui grandissions dans la peur d’un nouveau conflit, qui regardions de l’autre côté de l’Atlantique avec envie et qui nous disions “pourquoi pas nous en Europe ?” Nous en avons rêvé, c’était il y a plus de 60 ans, les uns les autres nous nous demandons toujours pourquoi ça n’avance pas plus vite, plus fort.
Au commencement nous étions six, puis neuf, puis douze et maintenant 27. Ceux qui n’en font pas partie frappent à la porte et ceux qui y sont se demandent s’ils ont fait le bon choix. C’est vrai que nous avons un drapeau commun, un hymne commun, un passeport qui est presque commun, une réglementation qui met du temps à toucher les 500 millions d’Européens que nous sommes et de temps en temps (trop souvent) nous nous demandons ce qui a bien pu se passer dans la tête des eurocrates.

9 ans pour calibrer 1 œuf

On se gausse du temps qu’il a fallu pour se mettre d’accord sur le calibrage des oeufs (neuf ans!), sur la définition du chocolat. Bruxelles s’extasiait, au début du mois de février 2013, sur un premier bilan de la réglementation REACH1, tout en considérant qu’« Il est encore trop tôt pour quantifier les avantages du système ».
Globalement, l’utilisation des produits chimi-ques est devenue nettement plus sûre depuis l’entrée en vigueur du règlement. Mais à quel prix ? La Commission souhaite réduire la charge financière et administrative imposée aux PME. Elle annonce vouloir proposer une réduction des droits d’enregistrement. Le rapport pointe en effet les coûts liés à la mise en œuvre de cette réglementation et leur incidence sur les petites entreprises. (NDLR : la réglementation, ne serait-ce que dans les secteurs du logement et de la cosmétique, implique une modification des modes de production qui induit un surcoût incompressible). En d’autres termes, les coûts de R&D deviennent insupportables pour les petits… Au nom du principe de précaution qui est devenu constitutionnel en France. Constat : ce principe amplifie la sensibilité de l’opinion publique à certains risques très médiatisés (NDLR : Paraben, maïs OGM, gaz de schiste…) qui se sont naturellement installés dans la vie sociale du pays et par voie de conséquence contribue inversement à disqualifier le progrès scientifique et technique.
Surfant sur la vague des peurs, le principe de précaution est la traduction de la méfiance (voire de la défiance) à l’égard de l’invention, de la découverte, de l’innovation. Le consommateur-contribuable n’en profite pas pour autant, d’autant qu’il va payer plus cher des produits plus ou moins « bio », non plus que la sphère industrielle qui risque fort de ralentir ses efforts d’investissement et d’innovation.
N’est-il pas temps de se demander si l’on ne se trompe pas de cible en ne développant pas plus les méthodes de prévention des accidents ? [ Plutôt que d’empêcher les fabricants de fabriquer au nom d‘une réglementation dont les arcanes tuent les marges des PME et grèvent le budget du consommateur qui à un moment ou à un autre épongera ce surcoût pour acquérir son logement neuf « aux normes »… mais à quel prix !]. Mais il est vrai qu’il est politiquement et médiatiquement plus facile de pallier les peurs du consommateur que de faire vérifier régulièrement et sérieusement la sécurité des équipements publics. Il faut bien constater que cette attitude de repli est bien une vision de court terme qui va à l’encontre d’un retour de la confiance dans le progrès.

■ Didier Adès

1- REACH est le règlement de l’Union Européenne sur les substances chimiques entré en vigueur le 1er juin 2007. L’enjeu de REACH était de combler le déficit de connaissances des risques environnementaux et sanitaires qui peuvent résulter de la production et de l’utilisation des substances chimiques.
REACH a introduit la procédure : d’enregistrement ; l’outil de gestion des risques : l’autorisation ; la création d’une « Agence européenne des produits chimiques », basée à Helsinki, en charge des aspects techniques et administratifs liés au fonctionnement du dispositif.

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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