Le LEAP de Snecma : un challenge inédit

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Grand défi industriel pour Safran : réussir le lancement du LEAP, le nouveau moteur pour avions court et moyen-courriers fabriqué par sa filiale Snecma. Avant de passer le relais à la tête du motoriste qu’il dirigeait depuis 2011, Pierre Fabre, 61 ans, fait le tour des enjeux qui attendent Snecma dans les prochaines années.

9_-moteur-leap-1c-october-2014La lettre de l’Entreprise : Comment réussir la montée en cadence du LEAP chez Snecma ?

Pierre Fabre : Il faut d’abord terminer le développement du moteur, les essais en vol et les essais de certification. L’objectif est de compter sur un moteur certifié à la fin de l’année. Nous devrons alors faire face à une montée en cadence d’une ampleur jamais connue chez Snecma¹, due à un contexte inédit, où pour la première fois dans l’histoire de l’aéronautique, on change de moteurs sur des appareils  [l’A320 et le Boeing 737 – ndlr] qui sont à des niveaux de production record.

Pour réussir cette montée en cadence, la première clé a été de mettre en place des équipes dédiées, soit une soixantaine de personnes, chargées uniquement du pilotage du programme. C’est un modèle bien connu dans l’industrie automobile, qui n’était pas dans les gènes de Snecma. La seconde clé a été d’installer une politique quasi-systématique de double source, interne et/ou externe. La plupart des pièces sortiront ainsi de deux lignes de production différentes. Exemple, pour l’aube et le carter de soufflante en composite, nous avons mis en place une usine à Rochester (États-Unis) et une autre à Commercy (Meuse) inaugurées en 2015 et déjà opérationnelles. Ces investissements représentent plus de 200 millions d’euros rien qu’en France.

La lettre de l’Entreprise : Selon vous, quelle est la durée de vie du LEAP ? Quel est l’état du carnet de commandes ?

Pierre Fabre : La durée d’exploitation moyenne d’un avion est de 27 ans. On estime la durée de vie du LEAP proche de cette moyenne. Le LEAP peut, entre Airbus et Boeing, sans oublier nos amis chinois de Comac [avec le C919 qui sera équipé du LEAP-1C], concerner 99 % du marché. L’enjeu n’est pas lié au nombre d’avionneurs que nous équipons mais au trafic aérien, et à ce sujet, nous sommes assez confiants. Avec 8 900 moteurs LEAP commandés à ce jour, nous avons plusieurs années de production devant nous.

La lettre de l’Entreprise : Quelle est votre part de marché sur les A320neo, où le client a le choix entre le LEAP ou le PW1000G de Pratt & Whitney ?

Pierre Fabre : à ce jour, 55 % des commandes sont en notre faveur contre 45 % pour Pratt & Whitney. Avec nos 100 % sur les Boeing 737 [pour lesquels le LEAP est le moteur exclusif], Snecma détient 70 % du marché court et moyen-courrier.

La lettre de l’Entreprise : Quel est l’avenir du CFM56, le prédécesseur du LEAP ?

Pierre Fabre : Le programme va s’arrêter en 2018, à l’exception d’un filet résiduel destiné à un avion militaire de Boeing. Mais ces moteurs vont être exploités pendant 25 ans : on a devant nous une énorme activité de soutien au CFM56, très importante économiquement pour Snecma.

La lettre de l’Entreprise : Comment Snecma voit-elle évoluer le marché de l’aviation civile ?

Pierre Fabre : Nous avons une grande confiance dans le développement du trafic aérien grâce au renouvellement des flottes dans les pays matures (Europe et Amérique du Nord) et à leur développement dans les pays émergents (Chine et Inde notamment). Néanmoins, pour que ces prévisions se réalisent, il faut continuer à améliorer nos produits.

Depuis 30 ans, la règle en vigueur dans l’aéronautique est de gagner 1 % de consommation chaque année. Le LEAP remplit cet objectif en apportant 15 % d’amélioration par rapport à un moteur des années 2000. Chez Snecma, on situe la prochaine rupture vers le milieu de la décennie 2030, avec l’arrivée d’un nouvel avion et de nouveaux concepts de moteurs. Entre-temps, on assistera plutôt à l’introduction d’améliorations du LEAP.

La lettre de l’Entreprise : Quelles sont les conséquences chez Snecma des succès à l’export du Rafale²?

Pierre Fabre : Les deux contrats export signés pour le Rafale permettent avant tout de consolider la ligne de production et de ne plus dépendre que des commandes françaises. Ces succès ont de plus l’intérêt d’attirer l’attention de beaucoup de jeunes ingénieurs sur les programmes militaires.


 1- En partenariat à 50/50 avec General Electric dans CFM International
2- Le Rafale est équipé de deux moteurs Snecma M88
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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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