Le calendrier de l’aéronautique bousculé par le Covid-19

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Ce n’est pas un hasard si dès juin, le gouvernement a mis en place un plan de soutien à l’aéronautique. Cette filière est stratégique pour l’économie nationale et génère de nombreux emplois en région via les sous-traitants du secteur. C’est le cas du Val d’Oise. Le département accompagne les entreprises de ce secteur depuis le début de la crise du Covid-19.

Dans le plan de relance du gouvernement dévoilé le 3 septembre 2020, Jean-Baptiste Djebbari, ministre des Transports, a annoncé le déblocage de 1,8 milliard d’euros pour soutenir l’industrie aéronautique et afin qu’elle crée l’avion du futur. « Nous espérons que l’avion régional hybride puisse être créé à l’horizon 2027 et l’aviation sobre en carbone probablement à hydrogène à l’horizon 2033 » a déclaré le ministre.

Dès début juin, le plan de soutien à l’aéronautique avait démarré. Avec pour priorité d’éviter la rupture d’un maillon stratégique de la chaîne des sous-traitants. Mais aussi de renforcer la compétitivité de la filière aéronautique française, en favorisant les rapprochements et les opérations de consolidation, le soutien à l’innovation et à la modernisation des entreprises.

Dans le Val d’Oise, dès le début de la crise sanitaire, mi-mars 2020, le CEEVO, (Agence de Développement et d’Attractivité des Territoires du Val d’Oise) s’est mobilisé pour contacter les dirigeants de plus de 400 entreprises industrielles exerçant dans les filières de l’aéronautique, la cosmétique et la sécurité-sûreté-gestion des risques.

L’objectif était de les aider à identifier et demander les soutiens financiers et techniques déployés par les pouvoirs publics afin de disposer des moyens nécessaires pour affronter les effets de la crise sanitaire et la réduction des activités économiques.

PAS DE REPRISE AVANT JUIN 2021

Les entretiens menés auprès des dirigeants des principales entreprises aéronautiques et des sous-traitants de rangs 1 et 2 relevant de ce secteur, implantés en Val d’Oise, ont permis d’identifier les problématiques de ce secteur touché de plein fouet par la crise actuelle.

Les prévisions très sombres concernant les délais d’une reprise des activités dans le transport aérien (NDLR : qui a repris depuis mais pas à 100 %) lesquelles ne pourraient retrouver leur niveau d’avant la crise qu’en 2023 (Source IATA) laissent craindre de très lourdes conséquences, en cascade, pour les constructeurs et les sous-traitants aéronautiques de rangs 1 et 2.

  • les compagnies aériennes touchées par les conséquences de la crise sanitaire, ont annoncé des annulations massives de commandes d’aéronefs.
  • la baisse du trafic aérien a entraîné une réduction sensible de la demande de maintenance (MRO) et des pièces de rechanges…

 

L’étude du CEEVO a permis de synthétiser les principales difficultés rencontrées :

– Un décalage des impacts de la crise liée au COVID-19 :
L’activité des entreprises a été souvent ralentie par la fermeture de certains fournisseurs et par les délais rallongés d’approvisionnement en pièces détachées. Le manque de pièces industrielles a parfois conduit à une rupture de la chaine de production. Les conséquences sont, dans certains cas, une mise au chômage partiel d’une partie du personnel et un non renouvellement des contrats d’intérimaires et des CDD. Cette baisse d’activité fait craindre aux sociétés valdoisiennes de devoir se séparer de certains salariés d’ici fin 2020.

– Absence de visibilité :
Les sous-traitants aéronautiques valdoisiens souffrent de l’absence complète de visibilité sur le renouvellement des commandes. La plupart d’entre eux prévoient une fin d’année difficile et pas de véritable reprise avant mi-2021.
Les difficultés rencontrées par les transporteurs aériens amènent les principaux constructeurs aéronautiques à réduire leurs perspectives de commandes, entre 30 et 50 %.

– impact plus réduit dans la défense et de l’aérospatial :
Dans le domaine de la défense, les effets de la crise pourraient être « amortis » par les commandes enregistrées pour les sociétés aéronautiques qui bénéficient de marchés portant sur les secteurs militaires et civils. Les entreprises de ce secteur bénéficient de contrats sur le long terme qui semblent, à ce stade, ne pas être remis en cause.

C’est ce que démontre la bonne santé de Dassault-Aviation (cf. article ci-contre) même si le PDG du groupe admet avoir besoin du soutien actif du gouvernement pour son carnet de commandes.

DES NOUVEAUX BUSINESS MODEL

Par ailleurs, les responsables des entreprises aéronautiques et de sous-traitance en Val d’Oise ne baissent pas les bras et cette crise en a poussé plus d’un à modifier son «  business model » pour :

  • ouvrir les activités de leur entreprise à d’autres marchés et à l’international ;
  • se diversifier vers d’autres secteurs comme le ferroviaire, le médical, la maintenance de pièces aéronautiques (MRO), l’aviation d’affaires ou les activités de défense…
  • anticiper des programmes de maintenance des avions ;
  • mettre les bouchées doubles dans les secteurs de l’aviation d’affaires et des marchés d’hélicoptères moins touchés par les effets du COVID-19. D’une part, le secteur de l’aviation d’affaire espère une reprise plus rapide du trafic aérien et les missions sanitaires et de surveillances, utilisant des hélicoptères, restent intenses.

 

Espérons que le plan de soutien à l’aéronautique mis en place dès juin saura aussi venir en aide aux PME et ne se contentera pas de sauver les plus grands ! Le Val d’Oise concentre 10 % des emplois aéronautiques de l’Île-de-France (cf. notre exclu web : L’aéronautique en Val d’Oise).

Béatrice Monomakhoff

Source : étude du CEEVO « Situation des entreprises  de la filière aéronautique en Val d’Oise dans le contexte de la crise sanitaire du COVID 19 »

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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