Le Bourget prépare la reprise

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Le mythique aéroport francilien, qui entend bien consolider sa position de premier aéroport européen d’aviation d’affaires, veut séduire les investisseurs qui anticipent une reprise du marché.

Durement touché par les crises des subprimes et de la dette dans la zone euro, le marché de l’aviation d’affaires est en berne depuis plusieurs années. François Charritat, entré il y a plus de 30 ans chez Aéroports de Paris (ADP) et directeur du Bourget depuis octobre 2012, n’escamote pas les difficultés. « La reprise du marché de l’aviation d’affaires, qui est généralement un bon indicateur avant-coureur de la conjoncture macro-économique, se fait attendre en Europe, analyse-t-il. A titre de comparaison, il y avait ici 70 000 mouvements (atterrissages et décollages) en 2007 contre seulement 54 000 en 2014. Mon objectif est de terminer l’année 2015 avec une hausse de 2 % du trafic par rapport à l’an dernier. Au vu des signaux envoyés par les constructeurs, notamment américains, qui ont connu un bon dernier trimestre 2014, il faut plutôt espérer une reprise significative pour 2017. »

Une concentration unique d’industriels

En attendant la reprise, François Charritat rappelle les atouts qui font du Bourget le centre de gravité de l’aviation d’affaires européenne, qui décrit un arc Londres-Paris-Genève-Nice. « Le Bourget, c’est d’abord un aéroport de 550 hectares avec un haut niveau de service, hérité de notre histoire dans l’aviation commerciale, et à 20 minutes de Paris, explique-t-il. Farnborough, le second aéroport entièrement dédié à l’aviation d’affaires en Europe, est lui à 1h15 de Londres. De plus, ce qui fait la valeur ajoutée du Bourget par rapport à ses concurrents, c’est une concentration absolument unique d’industriels : maintenance, simulateurs de formation, peinture aéronautique, équipements intérieurs… tout est disponible sur place. Au total, 70 entreprises (pour 3 500 emplois équivalents temps plein) opèrent à l’intérieur de l’aéroport. »

Attirer de nouvelles entreprises constitue la priorité d’ADP, qui réalise la moitié de son chiffre d’affaires au Bourget (2 % du CA total d’ADP) avec la location de foncier (bureaux, hangars, aires de stationnement, parkings…). Alors que plusieurs projets annoncés à l’occasion du salon du Bourget 2011 tardent à se concrétiser, l’ouverture, en février dernier, de l’hôtel Marriott – qui affiche « un taux de remplissage de 80 % »dixit François Charritat – marque peut-être un tournant et le retour des investisseurs. Dans la foulée, le constructeur brésilien Embraer a annoncé, il y a quelques semaines, qu’il allait doubler la taille de ses activités MRO (maintenance, repair and operations) et ouvrir, en septembre 2016, un nouveau hangar sur la façade ouest de l’aéroport, à proximité de la future usine d’Airbus Helicopters. « L’objectif est d’avoir au Bourget un centre MRO de chacun des cinq grands constructeurs mondiaux d’avions d’affaires,précise François Charritat. Dassault, Cessna et Embraer sont déjà là et nous sommes en négociation avec Bombardier. Si nous arrivons à concrétiser, il ne nous manquera plus que Gulfstream… »

Capter la valeur ajoutée d’un passager du Bourget

La concentration est encore plus nette chez les opérateurs d’assistance en escale, communément appelés FBO (fixed-base operator), qui assurent notamment l’accueil des passagers et des équipages, le nettoyage et le ravitaillement de l’avion. « Quand Teterboro (New Jersey), premier aéroport d’affaires du monde avec 120 000 mouvements par an, héberge cinq FBO, nous en avons sept au Bourget, explique M. Charritat. C’est exceptionnel… mais aussi trop pour le marché : la concurrence y est féroce. Mais tous les grands FBO souhaitent être à Paris… ». Outre Landmark, Jetex, Signature et Universal, qui font partie des « big five » du secteur, l’aéroport francilien accueille également Dassault Falcon Services, Advanced Air Support (qui appartient à Groupe Ségur, présent dans l’immobilier, l’hôtellerie et l’aviation d’affaires) et Unijet (racheté en 2014 par un opérateur luxembourgeois). La tendance ne semble pas devoir s’inverser. Déjà annoncée pour 2013, l’arrivée de l’américain XJet, positionné sur le haut-de-gamme, semble se dessiner pour fin 2016. De son côté, ADP souhaite profiter de ses activités à Roissy pour proposer aux FBO du Bourget un service de duty-free, aujourd’hui inexistant. Une manière de capter une partie de la valeur ajoutée d’un passager du Bourget, dont « l’investissement est dix fois supérieur à celui de Roissy »  d’après M. Charritat. Un chiffre qui à lui seul doit attirer les investisseurs, pour peu que la reprise du trafic se confirme enfin.


Embraer double sa surface

Le constructeur brésilien va renforcer son offre de services dédiée à l’aviation d’affaires à l’aéroport du Bourget.

L’annonce a été faite mi-mai, à l’occasion du dernier salon EBACE de Genève, le plus grand rendez-vous européen de l’aviation d’affaires. Embraer Executive Jets va ouvrir, en septembre 2016, un nouveau site dédié à ses activités MRO (maintenance, repair and operations) au Bourget. D’une superficie de 4 000 m² (contre 1 800 m² actuellement), ce nouveau centre sera situé sur la façade ouest de l’aéroport, à proximité du futur site d’Airbus Helicopters à Dugny.

« Le Bourget est le centre de nos activités de maintenance en Europe et joue un rôle-clé dans notre stratégie de conquête de la région » a rappelé à cette occasion Marco Túlio Pellegrini, PDG d’Embraer Executive Jets. Entré dans le marché de l’aviation d’affaires en l’an 2000, Embraer compte environ 870 jets en service à travers le monde, dont 15 à 20 % sont basés en Europe.

Des ambitions en Europe

La nouvelle infrastructure pourra accueillir le Lineage 1000, le jet « ultra-large » de la gamme Embraer et sera hors zone sécurisée de l’aéroport, ce qui facilitera l’accès des clients. Selon une source interne à Aéroports de Paris, ce déménagement devrait accroître les effectifs de 70 à 120 salariés environ, « et même 200 s’ils rapatrient les opérations de maintenance pour l’aviation commerciale ».

L’histoire d’Embraer dans le nord de Paris a débuté en 1983, dans l’actuel hangar du Bourget, suite au contrat liant le constructeur brésilien à l’armée de l’air française pour la vente de plusieurs dizaines d’avions d’entraînement (EMB 312F Tucano). Sa présence sur le territoire français s’est nettement accrue depuis 2003, lorsque que le constructeur brésilien a choisi d’installer le siège de sa division européenne (aviation commerciale, militaire et d’affaires) à Villepinte (Seine-Saint-Denis).

 

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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