L’année 2015 d’Airbus Helicopters

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Dominique Maudet, vice-président Global Business et Services d’Airbus Helicopters, commente les deux sujets qui dominent l’actualité de l’hélicoptériste : les nouveaux contrats à l’export, le carnet de commandes qui s’épaissit et l’arrivée du H160, nouvel hélicoptère-phare de la firme de Marignane.

Le Caracal vient de remporter un appel d’offres pour 50 hélicoptères de transport militaire en Pologne

Le Caracal vient de remporter un appel d’offres pour 50 hélicoptères de transport militaire en Pologne

Annoncées comme la priorité de l’année 2015 par Guillaume Faury, PDG d’Airbus Helicopters, les prises de commandes s’enchaînent pour le leader mondial des hélicoptères civils. Mi-mars, l’hélicoptériste signait un contrat de partenariat avec Korea Aerospace Industry (KAI) pour le développement et la fabrication de 300 hélicoptères (militaires et civils), pour 1,5 milliard d’euros en 20 ans. Fin avril, la Pologne, après une série de tests à laquelle seul le Caracal (H225M – hélicoptère de transport militaire), a été convié, a décidé d’en acheter 50 exemplaires pour 2 à 3 milliards d’euros. Enfin, selon La Tribune, le Mexique s’apprêterait à commander lui aussi 50 Caracal pour 2 milliards d’euros.

Sept ans après le H175, dont les premiers exemplaires ont été livrés en décembre dernier et qui connaît un succès mitigé, l’hélicoptériste a dévoilé le H160, présenté comme une rupture technologique, qui prendra la succession du mythique Dauphin. Pour Airbus Helicopters, il s’agit de renouveler sa gamme d’hélicoptères de moyen tonnage, segment où il a perdu sa position de leader ces dernières années.

La lettre de l’Entreprise : Au-delà de son montant, en quoi le succès des Caracal en Pologne est-il important pour l’avenir d’Airbus Helicopters ?

Dominique Maudet : La Pologne est un pays-clé pour Airbus Helicopters. C’est un pays qui possède une économie dynamique (avec un PIB en croissance), soutenue par un gouvernement stable et un plan d’investissement à long terme, une expertise dans le domaine de l’ingénierie, sans oublier une histoire aéronautique longue de plus de 90 ans. Notre stratégie est de créer un partenariat industriel de long terme, qui doit faire de la Pologne le 5e pilier mondial du groupe. D’ailleurs, indépendamment du dernier appel d’offres, nous y avons installé un nouveau centre de R&D il y a quelques mois.

La lettre de l’Entreprise : Pouvez-vous nous détailler les marchés export en cours, notamment au Qatar et au Koweit ?

Dominique Maudet : Nous pouvons seulement vous dire que les négociations avec le Qatar sont en bonne voie pour les deux versions du NH90¹.

La lettre de l’Entreprise : Comment définiriez-vous votre stratégie export ? Quels sont vos atouts ?

Dominique Maudet : Si notre activité est équilibrée entre civil et militaire, le militaire reste structurant pour Airbus Helicopters. Les contrats militaires nous permettent de travailler sur le long terme, en partenariat solide avec les pays clients, et de disposer ainsi d’une meilleure visibilité sur notre carnet de commandes. Nous l’avons constaté aux États-Unis, avec le complément de commandes passé par l’armée américaine pour le programme Lakota². C’est aussi l’intérêt du nouveau contrat avec KAI qui renforce notre relation avec la Corée du Sud.

La lettre de l’Entreprise : Comment jugez-vous le marché chinois dont on parle beaucoup ?

Dominique Maudet : En 2014, la Chine est devenue le deuxième pays pour la vente d’appareils civils et le deuxième marché d’Airbus Helicopters avec 29 unités vendues. Le marché civil et parapublic chinois a un fort potentiel de croissance. Nous y avons installé une filiale dès 2006, puis ouvert des bureaux dans sept villes-clés et nous envisageons d’y ouvrir un centre de maintenance et de training.

La lettre de l’Entreprise : Le carnet de commandes du H175 correspond-t-il à vos attentes ?

Dominique Maudet : Il y a 69 appareils en commande. Nous sommes persuadés que les premières livraisons vont envoyer des signaux positifs à l’ensemble du marché. Les machines en service affichent de très bons résultats en termes de disponibilité opérationnelle avec un taux supérieur à 90 %.

La lettre de l’Entreprise : Quels sont les points forts du H160 ? En quoi est-il plus performant que son concurrent l’AW 139 ? Pourquoi avoir choisi Turbomeca (Safran) comme motoriste ? Pourquoi le segment des hélicoptères moyens est-il prioritaire pour Airbus Helicopters ?

Dominique Maudet : Les innovations apportées par le H160 (pales Blue Edge, fenestron incliné, stabilisateur biplan, fuselage composite3) améliorent l’efficacité énergétique. Nos clients réaliseront la même mission de transport que l’AW139 avec presque une tonne de moins au décollage. C’est dans cette même perspective que s’est fait le choix du moteur. A l’issue d’une compétition très serrée, l’Arrano de Turbomeca s’est révélé être la meilleure solution. Le segment des hélicoptères moyens est très porteur mais aussi très compétitif. Nous mettons donc tout en œuvre pour que le H160 arrive au plus tôt sur le marché afin de regagner des parts de marché.


 1- Hélicoptère militaire produit en coopération européenne avec AugustaWestland et Fokker, qui existe en deux versions : TTH (transport tactique) et NFH (lutte anti-surface et anti-sous-marine).
2- Hélicoptère militaire léger fabriqué par la filiale d’Airbus Helicopters aux états-Unis, dont l’armée américaine a commandé 41 nouveaux exemplaires en début d’année.
3- Les pales Blue Edge, dites pales silencieuses, doivent réduire de 50% les nuisances sonores. Le fenestron incliné, qui accueille le rotor arrière, et le stabilisateur biplan doivent améliorer les performances lors des manœuvres d’approche et en vol stationnaire.
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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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