La formation, ressort de l’industrie 4.0

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L’industrie 4.0 réinvente l’industrie. Les 10ᵉ Assises de l’industrie organisées par l’Usine nouvelle ont donné la parole à la France qui gagne, celle des industriels qui accélèrent le déploiement de l’industrie du futur dans nos régions et à l’international. Avec un mot d’ordre : il est vital de se former aux nouvelles technologies, de redécouvrir certains métiers et d’anticiper ceux de demain.  

« L’industrie, c’est formidable ! ». La petite phrase prononcée par Jean-Dominique Sénard, l’invité d’honneur de ces 10ᵉ Assises de l’industrie, en dit long sur le changement qui s’opère en France.
En 2019, 500 000 jeunes ont découvert l’industrie et ses métiers lors des 60 étapes du French Fab Tour¹. Ils avaient été des centaines de milliers à venir au Grand Palais lors de la tenue de « l’Usine extraordinaire² » l’année précédente.
Opération séduction ? Pas seulement. L’industrie crée des emplois stables, bien rémunérés et redevient attirante par sa vitrine technologique. L’enjeu clé reste la formation face à la révolution de l’usine 4.0³ qui vient rebattre les cartes, avec un monde d’opportunités à saisir, pour les salariés comme pour les dirigeants d’entreprises.

Presque tous industriels s’accordent à dire que l’usine 4.0 est une nécessité pour survivre dans un contexte de compétition acharnée, avec, entre autres, la montée en puissance de la Chine. « Cela demande une action majeure, selon Jean-Dominique Sénard, président de l’alliance Renault Nissan et Mitsubishi, nous avons le devoir de rendre notre industrie attractive et compétitive auprès des jeunes générations ».

Pour l’ancien pdg de Michelin, cela passe par la réduction du coût du travail, la diminution des impôts liés à la production, une facilitation des négociations sociales. Et l’apprentissage est essentiel. « La formation est au cœur des enjeux. Il faut que nous formions des personnes à un rythme intense.Le constat est sans appel : l’industrie automobile affronte un changement de paradigme majeur. Les nouveaux modes de management sont essentiels pour la réussite de toute entreprise. »

Jean-Philippe Senard

Jean-Dominique Sénard, président de l’alliance Renault Nissan et Mitsubishi


Fives
,
leader mondial de la conception d’usines entièrement automatisées, est très avancé sur la transformation numérique et l’utilisation de la data. « Nous vendons une centaine de services numériques à nos clients… » précise Denis Mercier, directeur général adjoint. « … par exemple ajuster en temps réel les données de production, que le produit soit de l’acier ou du sucre. Notre start-up interne, Fives CortX, place la donnée au cœur du pilotage industriel. Elle propose notamment des services de maintenance prédictive accessibles à l’ensemble de nos clients ».

Denis-Mercier

Denis Mercier, directeur général adjoint de Fives


La gestion prospective des emplois

« Est-on en train de créer un taylorisme 4.0 ? ». La question a été posée lors de ces Assises de l’industrie par Stéphane Dubois, DRH du groupe Safran. L’industriel déclare avoir besoin de nouvelles compétences collaboratives ou d’interactions entre les hommes et les machines.
« Nos critères de recrutement changent, continue Stéphane Dubois. Nos usines sont de plus en plus digitales ». Conséquence, Safran a imaginé un nouveau slogan de recrutement : « Safran, un monde d’opportunités ». Comme d’autres entreprises qui créent en interne leurs écoles d’apprentissage ou laboratoires de formation, le groupe d’aéronautique et de défense a pris les devants en créant à Bondoufle (Essonne) en 2016, le CampusFab, « Plateforme de formation à la mécanique industrielle de demain », pour former son personnel à la nouvelle organisation du travail mise en place avec la digitalisation de l’économie. Le CampusFab a été rejoint par Fives, le GIFAS, Dassault Systèmes et le pôle de compétitivité ASTech Paris-Région et a déjà formé des centaines de personnes, apprentis inclus, à la fabrication additive et à la maîtrise d’une ligne d’usinage mettant en œuvre robots, cobots et chariots automatiques. Objectif : combler le manque structurel de candidats dans les métiers de la transformation numérique.

Stephane Dubois

Stéphane Dubois, DRH du groupe Safran

L’industrie pharmaceutique, elle aussi, digitalise ses usines. C’est l’objectif affiché de Sanofi dans les années à venir. Les biotechnologies représentent 20 % du chiffre d’affaires du laboratoire, part qui augmente de 2 % par an. Ce qui fait dire à Philippe Luscan, vice-président exécutif affaires industrielles, qu’à terme « 50 % de nos usines utiliseront les biotechnologies. C’est la raison pour laquelle nous allons digitaliser nos usines en France ».
Et de citer trois enjeux majeurs pour le groupe pharmaceutique : la proximité territoriale, la formation des jeunes et les relations avec les PME. « Pour attirer les jeunes, à nous de créer des écoles et des partenariats » ajoute Philippe Luscan.

Philippe Luscan

Philippe Luscan, vice-président exécutif de Sanofi

Pour les industriels utilisant les nouvelles technologies, IOT, IA, Block Chain, réalité augmentée, reconnaissance de la voix, production additive pour les séries limitées… pour ne citer que les principales, permettant une production agile, rapide et connectée, la crise du recrutement de talents a remplacé la crise du carnet de commandes.

Selon les résultats d’une étude de l’institut Yougove à L’Usine Nouvelle pour la tenue de l’Usine extraordinaire à Marseille en novembre 2019, les jeunes ne seraient que 16 % à envisager de travailler dans l’industrie en 2019, contre 14 % en 2018. Il y a encore beaucoup à faire pour convaincre la nouvelle génération qu’elle a un avenir dans l’industrie 4.0…

Messieurs les industriels, tous à vos réseaux sociaux !


William Hitchon

 

1- Le French Fab Tour, créé en octobre 2017 par le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, entend accélérer et faire rayonner l’industrie française.
2- « L’Usine extraordinaire » organisée en 2018 à Paris et reconduite en 2019 à Marseille, sous l’égide de la Fondation, un réseau de 5 500 TPE-PME, ETI et TGE socialement engagées contre toutes formes d’exclusion.
3- La combinatoire, IOT, AI, Block Chain, Réalité augmentée, Reconnaissance de la voix, Production additive 3D, permet de repenser l’industrie.

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Auteur

Directeur conseil en communication institutionnelle depuis 2012 à l'agence BRIEF (75-Paris), William Hitchon a exercé auparavant des fonctions commerciales européennes dans l'industrie (3M, Bic, Soupletube, Bormioli). Au début des années 2000, il crée le prix littéraire Philippe Delerm jeunesse en partenariat avec le Conseil départemental du Val d'Oise. William Hitchon collabore à La Lettre de l'Entreprise depuis 2016.

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