Industrie 4.0 : regard vers l’Allemagne

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Avec la numérisation progressive des usines, c’est une quatrième révolution industrielle qui se prépare. Pour ne pas manquer le virage qui s’annonce, les industriels français regardent outre-Rhin, où le phénomène a pris un essor décisif.

C’est le sujet à la mode. Et personne n’y échappe. Du grand groupe à la PME, l’industrie française s’agite pour savoir comment négocier la révolution qui s’annonce avec le mariage de l’industrie et du numérique. Dorothée Kohler et Jean-Daniel Weisz du cabinet de conseil Kohler C&C, qui viennent de sortir un livre de référence sur le sujet¹, résument ainsi l’industrie 4.0 (ou industrie du futur). « L’objectif premier ne correspond pas à davantage d’automatisation mais à plus d’intelligence dans la mise en réseau des machines entre elles et des machines avec les hommes. Il répond au besoin de personnalisation croissante des produits et à la peur de voir des géants de l’Internet comme Google capter l’exclusivité de la relation avec le client et monopoliser l’accès à ses données d’usage. L’industrie 4.0 est une ambition technologique qui consiste à produire des séries de taille 1 à des coûts équivalents à ceux de la production de masse. ». C’est du côté de l’Allemagne que l’usine intelligente (« smart factory ») connaît sa forme la plus aboutie, là où des réseaux numériques communiquent avec des machines et les contrôlent dans la chaîne de production et d’approvisionnement.

Trumpf invente l’App Store industriel

« Les Allemands ont eu peur de perdre leur leadership dans l’industrie des biens d’équipement, explique Dorothée Kohler. Leur réponse à cette menace a été d’emmener, dès 2006, leur « Mittelstand » [petites et moyennes entreprises familiales, très ancrées dans un territoire – ndlr]vers l’industrie 4.0. » La société Trumpf (3 milliards d’euros de chiffre d’affaires), un fabricant de machines-outils, spécialiste mondial de la découpe-laser, a ainsi développé pour ses clients une plate-forme web, dénommée Axoom, qui connecte systèmes, machines et postes de travail et leur permet de piloter toute leur chaîne de production, de la commande à l’expédition. L’entreprise du Bade-Wurtemberg est allée plus loin et a ouvert sa plate-forme à des partenaires afin d’y intégrer des services industriels à la demande, disponibles sous forme d’applications, comme sur un smartphone. Au final, Axoom a pris la forme d’un « App Store » industriel dans lequel le client peut comparer plusieurs offres de services. « Cet outil « on demand » a été mis au point avec plusieurs partenaires industriels fournissant tous les services d’une chaîne de production » précise Klaus Bauer, directeur technologique de Trumpf. De grands noms de l’industrie allemande comme Klöckner (produits métallurgiques), Linde AG (gaz industriels) ou encore Zeiss (systèmes optiques) ont déjà intégré la plate-forme de services, dont l’utilisation est payante. Simultanément aux initiatives du « Mittelstand » allemand, de grandes entreprises comme SAP, Siemens et son alliée Atos se sont associées pour trouver des standards communs et résoudre les questions d’interopérabilité et de cyber-sécurité, indispensables au développement de l’industrie 4.0.

Trop peu d’ETI en France

Pour la France, en retard sur l’Allemagne en matière de robotisation et d’usine connectée, « l’enjeu de l’industrie 4.0 est d’abord celui de la modernisation de notre tissu industriel et de l’amélioration de notre compétitivité » indique Louis Gallois, président du think tank La Fabrique de l’Industrie. À l’inverse de l’Allemagne, la difficulté française réside dans son faible nombre de PME et d’ETI industrielles, celles-là mêmes qui ont engagé le mouvement outre-Rhin. À l’image de Bernard Controls (400 collaborateurs, 50 millions de CA), une entreprise familiale originaire de Gonesse (95), 3e mondiale du marché des servomoteurs électriques (qui contrôlent l’ouverture et la fermeture des vannes industrielles), nos ETI sont donc, sur ce sujet en particulier, d’autant plus précieuses qu’elles sont rares. Son PDG, Etienne Bernard, qui a bâti sa stratégie de croissance sur l’innovation, est catégorique : « nous avons besoin, nous ETI françaises, de collaborer beaucoup plus avec les grands groupes ». L’industrie 4.0, c’est avant tout une histoire de filière.


1- Industrie 4.0 : Les défis de la transformation numérique du modèle industriel allemand (La documentation Française)

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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