Grand-Paris : Dominique Lefebvre n’a pas dit son dernier mot !

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Bien qu’oubliée dans la boucle des transports du Grand Paris, Cergy-Pontoise n’a pas dit son dernier mot. Depuis le rachat par Hammerson du centre commercial des 3 Fontaines, Dominique Lefebvre, président (PS) de la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise n’a de cesse de vouloir rénover ”sa” communauté d’agglomération qu’il tient à inscrire dans la « centralité » du Grand Paris.

La lettre de l’entreprise : Pourquoi ce projet de rénovation du Grand Centre a-t-il mis si longtemps à aboutir ?

Dominique Lefebvre : C’est une opération complexe, avec un urbanisme complexe sur plusieurs niveaux (5 ou 6 des sous-sols jusqu’à celui de la dalle). Le « Grand Centre » est un quartier où s’imbriquent propriétés privées et espaces publics avec des enjeux fonctionnels importants concernant la gare. C’est une problématique à la fois :

  • d’immobilier tertiaire
  • de commerces
  • de logements

Ce qui en explique la complexité. On arrive aujourd’hui à maturité avec une vision d’avenir. Ce qui a changé, ce sont les regards et les mentalités sur ce « Grand Centre ».

Je suis à Cergy-Pontoise depuis 1996 et préside la Communauté d’agglomération depuis 2001. L’EPA (Etablissement Public d’Aménagement) la considérait à une époque comme des îlots à urbaniser avec un pont à jeter entre la gare de Pontoise et celle de Cergy. On était tous à côté de la plaque.

Tout a basculé avec le schéma d’ensemble élaboré, en 2012, par l’architecte François Leclerc, qui nous a convaincus que le « Grand Centre », investi à l’origine, d’une compétence communale, avait pris, avec le temps, une compétence communautaire.

Deux idées s’opposaient :

  • La centralité de l’agglomération est devenue un enjeu stratégique. Elle légitime la fonction centrale de l’agglomération par rapport au rôle de chaque commune.
  • Cergy, la « ville nouvelle » n’a que 40 ans, mais elle est vieillissante et inadaptée au XXIème siècle.

Il fallait muter, densifier pour restructurer et rénover cette communauté d’agglomération.

Il aura fallu 15 ans pour trouver un schéma urbain de référence et une perception des enjeux du futur.

Le Grand Paris lancé par Nicolas Sarkozy – il n’a pas fait que des erreurs ! – y a bien participé. Être dans le grand Paris, ce à quoi peut prétendre Cergy-Pontoise, permet de s’affirmer comme une référence, un lieu où il devient plus aisé de consolider, voire de développer un secteur tertiaire.

La lettre de l’entreprise : La création du Grand Paris a donc été une aide, une contribution ?

Dominique Lefebvre : Cela a aidé Cergy-Pontoise prendre conscience de ses enjeux : savoir si oui ou non l’agglomération pouvait exister et peser dans le Grand Paris et comprendre que nos atouts pour y prendre place étaient :

– le Grand Centre et le centre commercial des 3 Fontaines,

– le pôle modal des transports,

– les fonctions administratives

– la densité universitaire.

Il n’y avait plus qu’à mettre en œuvre ce projet ! Le plan urbain proposé par François Leclerc a été adopté en 2013 par le Conseil communautaire. Il proposait de densifier la population, soit créer 3 000 logements pour doubler le nombre d’habitants, à 10 000 habitants d’ici à 2 025 et 45 000 mètres carrés de bureaux pour passer de 10 000 à 13 000 emplois en s’appuyant sur une réserve foncière mutable de 25 hectares. Mais rien ne pouvait se faire, encore une fois, sans la rénovation de notre fameux centre commercial des 3 Fontaines

La lettre de l’entreprise : Pourquoi a-t-on encore attendu 2 ans ?

Dominique Lefebvre : Hammerson avait présenté un premier projet de rénovation en 2005 qui avait été jugé trop onéreux et été critiqué pour son extension de 30 000 m2. Il a été rejeté par les élus et la crise de 2008 a retardé toutes les échéances.

Le nouveau projet d’Hammerson, de 250 millions d’euros, avec un agrandissement limité à 15 000 m2, a permis d’avancer, et c’est autour de lui, inscrit dans le nouveau Plan urbain de référence de François Leclerc, qu’a été conçu le Projet de ville et de rénovation du «Grand Centre » et du pôle gare de Cergy-Préfecture (26 millions d’euros).

La lettre de l’entreprise : Quel projet vous tient le plus à cœur ?

Dominique Lefebvre : Ce qui me tient le plus à cœur, c’est la cohérence de l’ensemble de ces projets qui vont avancer dans les années qui viennent. Nous sommes à l’aube d’une transformation radicale de l’ambiance urbaine, et des fonctionnalités du Grand centre. C’est la meilleure manière d’anticiper un vieillissement et une obsolescence qui tiennent d’une conception urbaine des années 60-70 où l’on concevait les villes avec énormément de voitures (il y a 3 fois 2 voies dans le Grand centre !).

Totem de la ville nouvelle, la Tour EDF va être complètement rhabillée ; il y aura aux deux derniers étages des duplex qui accueilleront chercheurs et enseignants-chercheurs.

Quelques chiffres clés

250 millions Hammerson

30 millions pôle gare (Etat région, département, CA, STIF, SNCF

500 millions d’investissement dont 20 et 40 millions par l’agglomération.

 

La lettre de l’entreprise : Le RER A va-t-il enfin s’améliorer ?

Dominique Lefebvre : Pour cela, il faut qu’Eole soit effectivement construit. On pourra alors débrancher Poissy du RER A et faire venir le RER à Cergy. D’autre part, il est indispensable que soit construite la ligne nouvelle Paris Normandie, notamment le tronçon Mantes-la Défense avec la gare Confluences, et là on aura plus d‘offres à Cergy. Il n’y a que cela qui réglera les problèmes de sillons disponibles entre Achères et Maison Lafitte.

Ça ne sert à rien de faire passer un train toutes les 2 mn à Châtelet.

Il vaut mieux mettre un train toutes les 2mn20, plutôt que 2m15, et qu’ils soient fluides.

On a tout fait pour que les financements soient là. Eole Mantes-La Défense est certes prévue pour 2020-2025. Mais l’important est que Eole ne soit ni différée ni abandonnée … et que la LNPN se fasse.

La lettre de l’entreprise : L’immobilier d’entreprise a repris des couleurs. Cergy est-elle redevenue attractive ?

Dominique Lefebvre : On sait aujourd’hui « refaire » de l’immeuble tertiaire de haute qualité environnementale aux normes attendues par les entreprises à Cergy-pontoise. Spie, qui a décidé de consolider son implantation au Technopole Parc Saint Christophe rebaptisé Campus Saint Christophe, en est un exemple parfait (cf. interview de Richard Baylis ci-contre)

Et aussi Vinci devant la gare de Cergy, et 3M qui garde son siège France à Cergy et le reconstruit dans le Grand centre.

« Le tertiaire à Cergy-Pontoise, c’est dans le Grand Centre et au Campus Saint Christophe et nulle part ailleurs ». 

Propos recueillis par Béatrice Monomakhoff

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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