Falcon repart en chasse

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Dassault Aviation veut croire au redécollage de l’aviation d’affaires et lance deux nouveaux Falcon. L’enjeu est capital pour le constructeur aéronautique.

Dans l’ombre médiatique du Rafale, l’activité aviation d’affaires de Dassault pèse 70 % du chiffre d’affaires de l’avionneur. Et quand Falcon souffre, Dassault Aviation souffre également. Ce fut le cas en 2014 avec un recul de son CA de 20 % (3,68 milliards d’euros), du en partie à la baisse des livraisons de Falcon. Si, selon les prévisions du constructeur, les livraisons devraient rester stables en 2015, les commandes étaient nettement à la hausse en 2014, ce qui constitue un signal positif pour les résultats du groupe à partir de 2016 (en raison du décalage entre la commande et la livraison, assortie de l’essentiel du paiement). Espérée pour 2017, la sortie de crise, dans laquelle s’est enfoncé le marché de l’aviation d’affaires depuis 2009, reste à confirmer. En effet, si le marché américain envoie des signaux positifs, les marchés émergents (Russie et Chine en particulier) restent atones.

Anticiper et accélérer la reprise

En annonçant, à moins de six mois d’écart, le lancement de deux nouveaux modèles de Falcon, Dassault Aviation veut autant anticiper la sortie de crise que l’accélérer en stimulant la demande. Le constructeur a consenti un important effort financier de 1,5 milliard d’euros pour développer simultanément le Falcon 8X (500 millions), dérivé du 7X, et le tout nouveau Falcon 5X (1 milliard). Fidèle à son positionnement haut de gamme, Dassault a dévoilé deux jets de pointe, qui bénéficient de technologies issues de son programme militaire (notamment dans le domaine numérique, avec des affichages tête haute).

Dassault mise 1 milliard sur le 5X

Le Falcon 8X, vendu 55 millions de dollars, se veut le nouveau fleuron de la famille, avec la plus longue cabine (dix-neuf passagers) et surtout le plus long rayon d’action (11 945 km sans escale, soit Paris-Singapour, avec onze personnes à bord). Sur ce segment des jets dit « ultra-longue-portée », la concurrence s’annonce rude avec l’américain Gulfstream (avec le G650 et le futur G550) et le canadien Bombardier (avec le Global 6000 et surtout les prochains Global 7000 et Global 8000). Sans atteindre les performances de certains de ses concurrents en matière d’autonomie, le Falcon 8X compte sur sa consommation réduite et sur sa capacité à décoller et à atterrir sur des pistes courtes pour séduire le marché. Après un « roll-out » (sortie d’usine) en décembre 2014 et un premier vol en février 2015, les premières livraisons du 8X sont prévues pour le second semestre 2016.

Le Falcon 5X, proposé au prix de 45 millions de dollars, se positionne sur le segment inférieur des jets « à large cabine », néanmoins capable de relier Paris à Pékin sans escale avec onze personnes à bord. Fruit du plus gros investissement de Dassault Aviation dans un avion d’affaires, le 5X met en avant un confort inégalé dans sa catégorie (bruit, pressurisation, hauteur de cabine) dont Dassault a l’ambition qu’il devienne la référence. Sorti d’usine le 2 juin dernier, le 5X va devoir subir le retard de certification de 6 mois du nouveau moteur Silvercrest de Snecma¹, qui pourrait retarder sa propre certification à 2017.


 1- Voir l’interview de Pierre Fabre dans ce numéro.
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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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