Daher cherche sa place parmi les géants

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C’est une saga passionnante et originale que celle de Daher. L’entreprise familiale créée en 1863 a pris tant de virages qu’elle se retrouve à cheval entre l’industrie et les services, constructeur d’avions, logisticien intégré ou encore opérateur de services dans le nucléaire. La famille Daher s’apprête à laisser les commandes opérationnelles du groupe et l’heure est à la consolidation des activités.

Montage Belly Fairing A320

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Fin février à Paris, Daher présente sa stratégie pour les années à venir. Patrick Daher, PDG du groupe, commence par une pluie de bonnes nouvelles : chiffre d’affaires (970 MÄ), effectifs (8 500 personnes), qualité de service en hausse, carnet de commandes plein (pour 3 ans et demi du CA actuel). Mais que cache donc ce groupe familial créé il y a plus de 150 ans et dont on n’entend (presque) jamais parler ?
Fondée en 1863 à Marseille, la société prend le nom de Daher quelques années plus tard, quand Paul Daher, arrière-grand-père de l’actuel PDG, en devient associé. La maison de négoce des débuts se lance dans le transport maritime de fret lourd (abandonné en 1988), avant de prendre une série de virages aussi improbable que fructueuse, saisissant les opportunités qui se dessinent à l’ombre des géants industriels français, dans le transport ferroviaire, le pétrole, le nucléaire ou encore l’aéronautique. Aujourd’hui, la Compagnie Daher, holding opérationnelle du groupe, repose sur cinq domaines d’activités.

TMB 900

TMB 900

L’art du rebond

Métier historique du groupe, la logistique fait partie de l’ADN de Daher. L’entreprise marseillaise assure notamment le pilotage intégral de la supply chain d’Airbus Helicopters, dont elle est ce qu’on appelle le lead logistic provider. En dehors du monde industriel, elle assure régulièrement le transport de matériel des forces de Défense françaises. Après le Liban, le Kosovo ou l’Afghanistan, Daher est aujourd’hui présent en Centrafrique pour l’opération Sangaris.
Entré dans le nucléaire au début des années 1970, au moment où le programme civil français décollait, Daher exécute des opérations aussi variées que le transport de combustible, la gestion de déchets, la maintenance, la sécurisation ou le démantèlement d’installations. Le débat sur la sortie du nucléaire qui agite l’Europe ne semble pas inquiéter le groupe qui rappelle que « le rythme du nucléaire est un rythme lent » et cite en exemple « le démantèlement de Superphenix, décidé en 1998, qui en est encore à l’appel d’offres et prévu pour durer 15 ans. »
Equipementier, spécialiste des matériaux composites et métalliques, dans l’aéronautique et la Défense depuis 1999, Daher est équipementier de rang 1 pour trois programmes d’aviation d’affaires : le Dassault Falcon 8X et les Gulfstream G500 et G600.
Avionneur depuis 2009 et le rachat à EADS de 70 % du capital de la Socata1, Daher, via sa filiale qui opère sous le nom de sa société-mère, est sur l’entrée de gamme de l’aviation d’affaires. Le TBM 900, lancé en mars 2014 et premier avion construit par Daher, a fait un beau décollage avec 51 exemplaires vendus en 2014.
Enfin, Daher a pris position sur le marché des vannes industrielles pour le nucléaire et l’énergie, rachetant, en 2011, deux entreprises spécialisées du secteur.

Changement d’époque

Si l’histoire de Daher est celle d’opportunités habilement saisies, le groupe familial semble à un tournant stratégique. Pour la première fois, la famille (qui possède 80 % du groupe) laisse la direction opérationnelle à quelqu’un venu de l’extérieur, Didier Khayat , directeur général (DG) délégué, qui succédera à Patrick Daher « dans un an ou deux ».
Pour le futur nouveau patron, la première mission consiste à « rendre Daher plus lisible » selon ses termes. Pour faire converger les activités industrielles et de services du groupe, une marque unique (Daher), un nouveau logo et une nouvelle signature ont été adoptés. Pour Didier Khayat, le défi sera avant tout celui de la consolidation des activités, afin d’atteindre la taille critique et ne plus lier son destin à celui des donneurs d’ordre.
Patrick Daher est confiant sur la capacité du groupe à soutenir financièrement cette ambition, estimant que la rentabilité de Daher (sans plus de précisions) « ne rencontrera aucun problème de financement pour sa croissance. » Si, dans une légitime volonté de conserver le capital dans la famille, Daher a toujours privilégié le recours aux fonds propres et à la dette pour financer sa croissance externe, le groupe avait du, en 2009, se résoudre à ouvrir son capital à des investisseurs extérieurs afin de financer un lourd programme d’investissement. Avec l’ambition de devenir une grande entreprise mondiale, la question pourrait peut-être à nouveau se poser prochainement.


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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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