Avis de tempête dans le bâtiment

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Les lobbystes du bâtiment se sont mobilisés. Leur secteur représente en France 350 000 entreprises, 1,5 million de salariés et 129 milliards d’euros de travaux. Ont-ils été satisfaits des mesures annoncées le 20 mars ? Interview de Patrick Ramé, président de la Fédération Française du Bâtiment du Val d’Oise et de William Winand, son secrétaire général.

Patrick Ramé, dirigeant de la société GTPR à Bezons, préside aux destinées du secteur du bâtiment au sein de la Fédération Française du Bâtiment (FFB) du Val d’Oise. Pour ce chef d’entreprise en proie à la réalité difficile de son secteur, la crise est grave. Et il y a urgence à réagir.

La lettre de l’entreprise : Ques sont les chiffres qui illustrent les enjeux et difficultés dans votre secteur ?
Patrick Ramé : Dans le Val d’Oise, le créneau du bâtiment et des travaux pèse un milliard d’euros de chiffre d’affaires reparti sur quelque 6 500 entreprises dont 3 000 artisans. Entre 800 et 1 000 emplois dans le Val d’Oise en 2013 et près de 40 000 en France sont amenés à disparaître avec les nouvelles mesures du Pacte national pour la croissance et la compétitivité. Un chiffre 4 à 5 fois supérieur au plan social annoncé chez PSA ! De plus, l’hécatombe prévue cette année succède à une autre, pas si lointaine. En 2012, 15 000 emplois ont été déjà supprimés en France. Vous comprenez pourquoi nous ne pouvons pas rester les bras croisés.

La lettre de l’entreprise : Quel est le motif principal de votre colère ?
Patrick Ramé : D’abord et surtout le relèvement de la TVA. Elle devrait passer de 7 % aujourd’hui à 10 % en 2014. Cette mesure est un non-sens économique  mais aussi un coup de massue alors que le président de la République nous avait assuré son hostilité à toute hausse de la TVA dans le bâtiment. En augmentant la TVA, le gouvernement renforcerait une concurrence déloyale avec les auto-entrepreneurs dont le taux de TVA est de zéro. De surcroît, ce relèvement provoquerait un regain du travail dissimulé et une incapacité des entreprises d’HLM à maintenir leurs promesses en faveur de la rénovation énergétique de 150 000 logements sociaux par an. Pour nous, la TVA doit descendre au taux réduit de 5 %.

La lettre de l’entreprise : Quelles sont vos autres revendications ?
Patrick Ramé : Il faut faire sortir du régime des auto-entrepreneurs tous ceux qui oeuvrent dans le bâtiment et les travaux publics. Leur statut qui autorise n’importe qui à faire n’importe quoi à n’importe quel prix est bien trop protecteur. Rappelons qu’ils sont exonérés notamment de la TVA et de la taxe professionnelle les 3 premières années. Certes, l’auto-entreprenariat a permis de légaliser une partie du travail au noir. Mais ses avantages ont créé une distorsion de concurrence avec les artisans, micro entrepreneurs qui ne peuvent pratiquer des prix attractifs faute d’une fiscalité allégée. N’oublions pas aussi la concurrence des agences d’intérim d’Europe de l’Est qui paient leurs intérimaires 600 e par mois. Comment voulez-vous que l’on s’en sorte avec les charges qui pèsent sur nous ?

La lettre de l’entreprise : La refonte de la fiscalité des plus values sur les résidences secondaires a t-telle un effet sur votre profession ?
Patrick Ramé : Bien sûr. Dorénavant les propriétaires de résidences secondaires vont être surtaxés dès lors que leur plus-value dépasse 50 000 e. Pour y échapper complètement, il faut qu’ils attendent 30 ans ! Concrètement, pour nous, la hausse de la fiscalité réduit et dissuade les  acquéreurs potentiels… et par voie de conséquence, c’est tout le segment des travaux et de la rénovation qui est touché. Là encore, la solution est simple si l’on veut donner à notre profession les moyens de survivre.

La lettre de l’entreprise : Suite à votre mobilisation, le gouvernement vient d’adopter un plan de mesures, qu’en pensez-vous ?
William Winand : Nous estimons que ces annonces vont redonner un peu de souffle au secteur. Ce plan soutient  clairement la réalisation de l’objectif de 150 000 logements sociaux via l’abaissement du taux réduit de TVA à 5 % à partir du 1erjanvier 2014 et l’annonce de la finalisation de l’accord conclu avec Action Logement. Néanmoins, nous attendons de voir comment vont se mettre en œuvre certaines mesures, comme,  par exemple, l’aide 1350 e pour la rénovation énergétique pour certains ménages sous conditions de ressources. Sur le thème de la rénovation énergétique, nous estimons qu’il faut aller plus loin en positionnant, là aussi, ces travaux sur une TVA à 5 % et non plus 10 %. Nous serons mobilisés au moment de la prochaine Loi de finances 2014. Enfin, nous poursuivrons notre action pour faire comprendre aux pouvoirs publics que l’auto-entrepreneur doit sortir du champ du bâtiment, ou alors être sur les mêmes conditions d’égalité.

Propos recueillis par Blandine Blanc Durand & Béatrice Monomakhoff

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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