Amazon à Osny : Top ou Flop ?

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Amazon continue d’étendre sa toile sur toute la France et a inauguré, le 6 novembre, un entrepôt logistique de plus dans le Val d’Oise à la place de l’ancien site de Sagem, à Osny, rue du Petit Albi. Amazon a aussi fait les gros titres en novembre lorsque Nike a retiré ses produits de la plateforme de vente Amazon.com pour cause de contrefaçon, et pour l’accusation par ATTAC et Mounir Mahjoubi¹ d’avoir « causé la suppression de 7 900 emplois en France »… Pas de quoi stopper la machine, apparemment² !

Il est difficile de rester de marbre face à ce géant qui dévore tout sur son passage (librairies, boutiques culturelles, marchands de meubles, supermarchés, et bientôt les banques ?) et est prêt à tous les compromis pour atteindre ses objectifs. Pour mémoire, jusqu’en 2012, Amazon ne vendait que des livres !

Décrié et décrypté par de nombreux reportages télévisés à charge, Amazon a produit un film efficace – on n’est jamais si bien servi que par soi-même ! – sur sa mécanique parfaitement huilée, « Amazon le défi logistique », diffusé sur YouTube en 2016.
Amazon a fait l’objet d’un livre : « En Amazonie » infiltré dans le meilleur des mondes, de Jean-Baptiste Malet³ qui démontre de façon argumentée comment le groupe américain s’implante dans des bassins d’emplois économiquement faibles (voire dévastés comme le nord de la France) où une pléthore de chômeurs lui offre l’opportunité de créer des CDI à la pelle avec une main d’œuvre peu qualifiée que l’entreprise épuise et renouvelle sans peine.

De l’intérim surtout … des CDI peu qualifiés

Comme l’explique Ronan Bolé, président d’Amazon logistique France, aux trois ou quatre journalistes valdoisiens et au seul élu, Dominique Lefebvre, président de la Communauté d’Agglomération de Cergy-Pontoise, venus inaugurer les locaux d’Osny, “agence de livraison du dernier kilomètre”  : « C’est à la nuit tombée que notre entrepôt s’anime. Chaque soir, une quinzaine de camions dépose des produits empaquetés venant des centres de distribution Amazon de Brétigny-sur-Orge (Essonne) et de Saran (Loiret), près d’Orléans, ou bien de centres de tri comme celui de Survilliers qui vient d’ouvrir ».
Les paquets sont retriés et assemblés dans des sacs en fonction des adresses des clients pour être confiés le matin à des livreurs. Pour ces tâches, la société a déjà embauché 82 personnes en CDI. « Un effectif renforcé par de nombreux intérimaires ». Autant que de CDI : 78 ! « Lors du pic d’activité pour les fêtes de fin d’année nous étions 250 salariés sur place… Et après cette période, le nombre de CDI augmentera. C’est notre modèle, explique Ronan Bolé. Les gens font deux ou trois mois d’intérim chez nous avant d’être embauchés. Mieux vaut en revanche être véhiculé et surtout prêt à travailler de nuit. Les deux tiers des employés ici, à Osny, prennent leur service à minuit et demi et sortent à 9h45 le matin ».

RONAN BOLÉ

À gauche, Ronan Bolé, président d’Amazon logistique France

Le contexte est posé. Dans les entrepôts d’Amazon, dont celui d’Osny, on travaille surtout de nuit, et pas en CDI tout de suite. Il faut gagner ses galons.
« Les dérèglements biologiques du travail de nuit et surtout la déstructuration de la vie sociale qui va avec, en particulier quand le travail est dur physiquement et que le salarié doit récupérer dans la journée avant de rejoindre son poste en début de nuit » décrits par Jean-Baptiste Malet dans son livre, sont toujours là.
Un engagement sans faille
« Le recrutement des intérimaires par l’agence d’intérim (Ndlr : ADECCO pour Amazon Osny), en présence d’un représentant d’Amazon, est un moment crucial pour Amazon qui y investit beaucoup, décrivait Jean-Baptiste Malet. Le processus d’accompagnement est conçu comme un outil de contrôle social via la vidéo d’intégration, une discipline rigoureuse, des sanctions pour les retards (rapidement suivies de la mise à pied), jusqu’au contrôle de la vitesse des véhicules sur le parking des salariés en passant évidemment par les fouilles au corps à la sortie de l’entrepôt ». Cela aussi, semble-t-il, n’a pas bougé depuis 2013.
« Comme le passage des intérimaires en CDI est la “ carotte ” brandie en permanence par les managers, toujours selon Jean-Baptiste Malet, la “ bonne conduite ” consiste en l’acceptation immédiate des heures supplémentaires, en la “ coopération ” avec l’encadrement, c’est-à-dire la délation des collègues qui auraient des comportements douteux – même s’il ne s’agit que “ d’impressions ”. C’est un véritable “ patriotisme amazonien ” qui est attendu de chaque salarié, y compris intérimaire. » Idem… On retrouve cette atmosphère lorsque Ronan Bolé vante le salaire un peu au-dessus du Smic (20 à 26 %) (NDLR : au bout de deux ans de CDI seulement) et la possibilité de faire des heures supplémentaires dont les tarifs nous sont montrés.
On peut constater, sans stigmatisation aucune, que la population présente dans les entrepôts d’Osny ce matin-là est une population ouvrière jeune, qui semble économiquement faible… Ce que nous confirme Ronan Bolé, (« non diplômés et sans emploi ») et qu’Amazon, qui assure leur formation, peut endosser, comme le décrit toujours Jean-Baptiste Malet : « le rôle de leur famille, leur village et qui prend en charge les relations sensibles » etc.
« Le matin, environ 200 vans récupèrent les colis préparés durant la nuit » conclut le président France d’Amazon dans sa présentation.
200 vans ou simples voitures commerciales, loués par des indépendants à des loueurs de voiture qui se sont propulsés « livreurs Amazon » sans forcément être formés aux règles du commerce (à l’origine de problèmes de livraison), et créent, depuis novembre, des embouteillages sans nom dans les rues du Parc de l’Horloge aux alentours de l’entrepôt Amazon, de 9h45 à 10h30.
amazon osny

9h41 : l’arrivée des livreurs rue du petit Albi à Osny

« Ce qui a changé, tente  de nous convaincre Ronan Bolé, est la performance infaillible des robots d’Amazon, avec des machines qui communiquent entre elles et évitent de nombreux gestes douloureux aux “ associates ”, comme sont nommés les salariés d’Amazon à qui l’on attribue chaque année une action du groupe ! » Aux CDI confirmés ? Ah oui quel cadeau ! Une aumône pour la cinquième capitalisation boursière mondiale estimée à 916 milliards de dollars.

Béatrice Monomakhoff

 

1- Ex secrétaire d’Etat au numérique
2- 22 sites logistiques en France et d’autres ouvertures prévues en 2020
3- Jean-Baptiste Malet, En Amazonie. Infiltré dans le « meilleur des mondes »Paris, Fayard, 2013, 164 p.
4- Comme ceux mis en place sur le site Robotics de Brétigny-sur-Orge qui communiquent entre eux.
5- Les Échos 2-01-2020 « Pour les Gafa, 2020 est l’année de tous les dangers »

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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