5G : Peut-on s’en passer ?

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Renault, Schneider France ou SNCF sont dans les starting blocks pour intégrer la 5G. Et les ETI, les PME-PMI ? Sont-elles prêtes à accueillir cette révolution numérique dès 2020 ? Stéphane Richard, PDG d’Orange, semble convaincu qu’en plus de son incontestable utilité, la 5G peut atténuer notre empreinte carbone…

L’arrivée de la 5G échauffe les esprits. Attendue comme la prochaine révolution télécom, capable de générer d’importants gains de compétitivité, Orange annonce que les entreprises seront les premières à bénéficier de cette nouvelle technologie, avant le public qui devra attendre l’arrivée des smartphones compatibles.
Stéphane Richard, le PDG d’Orange, a réuni plusieurs centaines de ses clients industriels, du CAC 40 aux PME-ETI, le 18 avril au Palais Brongniart pour déployer les avantages de ce saut technologique.

Mais d’abord, qu’est-ce que la 5G ? C’est juste pour téléphoner plus vite que la 4G actuelle quand elle est présente ?

Stéphane Richard remet les pendules à l’heure : « la 5G n’est pas une nouvelle étape dans les usages mobiles mais une rupture technologique. Une triple rupture, même. Primo, une rupture temporelle, qui fait basculer l’entreprise dans l’ère de l’instantanéité, où les données sont traitées à la milliseconde. Secundo, la 5G permettra aux opérateurs de prioriser les services qui passent sur les réseaux. Tertio, elle sera économe en énergie et nous absorberons l’explosion des données tout en étant exemplaires en termes d’empreinte carbone. Pour l’industrie, la 5G va changer la façon de produire et de travailler ensemble. Ce réseau du futur va bouleverser notre quotidien. »
On comprend l’enthousiasme du président Richard quand on sait les sommes gigantesques (la 5G nécessite un très dense réseau d’antennes) qu’Orange va devoir aligner pour déployer cette nouvelle norme ! (Ndlr : surtout après avoir investi des fortunes pour connecter des milliers de foyers en fibre optique…).
« C’est un immense champ de nouveaux possibles » ajoute Stéphane Richard, qui a pris l’engagement que « le déploiement de la 5G se fera d’abord pour l’industrie et les zones d’activités. Le réseau sera construit en fonction des attentes des entreprises et des filières », en associant clients et opérateurs au développement de ce réseau.
Très haut débit, allocation de la bande passante pour des applications ciblées, capacité à connecter des milliers d’objets (IoT¹), maintenance prédictive, les retombées pour les entreprises sont nombreuses, si les opérateurs suivent. Avec la 5G, on entre de plain-pied dans la société du gigabit, de la donnée traitée en temps réel, comme IoT dans les entreprises, véhicules autonomes, « smartcities » avec infrastructures et transports connectés en temps réel : 70 % des utilisations de la 5G concerneront les usages commerciaux.
À condition de ne pas perdre une microseconde ! « Être en retard sur la 4G, c’est dommage. Sur la 5G, c’est grave, systémique, » relevait Sébastien Soriano, le président de l’Arcep².

5G

« Absorber l’explosion des données »

« Cela va nous permettre de réserver des parts du réseau aux usages prioritaires (ndlr : des industriels) pour garantir une qualité de service absolue, explique le PDG. Cette nouvelle fonctionnalité va bouleverser l’industrie et toutes les activités où le besoin de connectivité est critique, comme les chaînes de fabrication industrielles où la moindre interruption peut avoir des conséquences économiques très lourdes. Ou, bien sûr, le véhicule autonome. »

Chaque entreprise est avertie : le déploiement de la 5G est bien prévu à l’horizon 2020, autant dire demain. Pour les responsables IT et télécom, c’est le moment d’anticiper les usages et de faire un état des lieux des infrastructures, pour être prêts à tirer parti des avantages de cette technologie révolutionnaire. C’est aussi le moment pour les industriels de faire pression sur les opérateurs pour avoir à temps une connexion irréprochable, instantanée, capable de gérer des millions « d’objets » à la fois, même si l’entreprise est dans une petite zone industrielle, à quelques kilomètres du village le plus proche, en « zone blanche ».

Vous l’avez compris : votre smartphone déjà prêt pour la 5G n’en profitera pas de sitôt ! Priorité à l’industrie, priorité à une télé-opération chirurgicale internationale sur votre recherche d’un restaurant pour ce soir. Certes, mais ne nous a-t-on pas dit que la 5G pouvait faire des millions de choses simultanément ?

L’arrivée de la 5G a déjà déclenché une bataille économique et juridique entre les géants américains et chinois. Washington dénonce l’utilisation de la technologie de Huawei, entreprise sous contrôle de l’État chinois, et qui, de ce fait, peut être une menace pour la sécurité des échanges.

Que faire ? Faut-il se marier avec le diable au risque de se retrouver dans le collimateur des États-Unis ? L’Europe essaye de réagir, timide- ment. La Commission européenne prévoit un lancement dès 2020. Mais moins de 7 % des fréquences 5G ont été attribuées à ce jour par les pays membres.

Et, pour la planète, l’arrivée de la 5G est-elle une bonne chose ? Le PDG d’Orange est formel : « la 5G est économe en énergie et sera exemplaire en empreinte carbone ». Mais quid du recyclage des équipements actuels ? Que deviendront les centaines de millions de portables actuels ? N’y a-t’il pas un risque de pénurie des métaux rares nécessaires à leur fabrication, ce qui pourrait déclencher une crise écologique majeure ?

Certes, la 5G est chargée de promesses. Mais les opérateurs de réseaux, et encore plus les industriels (à qui est destinée en priorité la 5G) restent sur quelques souvenirs pénibles, comme le déploiement mitigé de la fibre, ou ceux qui attendent encore… la 4G. Pourtant, c’est clair : si l’on veut raccorder usines reliées au millième de seconde, objets connectés – du frigo à l’autocar, livraisons autonomes, roulantes ou volantes, chirurgie et médecine à distance… ce n’est possible qu’avec la 5G, qui est déjà largement en chantier, voire en activité, aux USA, en Corée, en Chine…

À noter que la secrétaire d’Etat, Agnès Pannier-Runacher, a bien précisé que les enchères ne se feraient qu’avec les opérateurs, et non avec aussi les industriels, comme cela se pratique en Allemagne. Ambiance !

 

5G

1- L’Internet des objets, ou IoT (Internet of Things), est un scénario dans lequel les objets, les animaux et les personnes se voient attribuer des identifiants uniques, ainsi que la capacité de transférer des données sur un réseau sans nécessiter d’interaction humain-à- humain ou humain-à-machine.
2- Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) www.arcep.fr/


Olivier Cerf et Alain Mayor

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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