3 questions à Arnaud Bazin

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président du Conseil départemental du Val d’Oise

Préoccupé par le « désinvestissement de l’Etat » qui supprime encore 20 millions de ressources cette année au département du Val d’Oise et impose des politiques sociales obligatoires (augmentation du RSA) qui coûtent de plus en plus cher aux départements, Arnaud Bazin, président du Val d’Oise, a pris les mesures nécessaires pour faire face. Et ne renonce pas pour autant aux projets de développement économique du territoire.

La lettre de l’Entreprise : Le département a de grands projets en chantier : EuropaCity, Eco-cité à Port-Cergy, Cité des métiers de Roissy, sans compter la couverture de la totalité du territoire par la fibre d’ici 2020, les améliorations des transports, etc. En plus de sa mission sociale, il continue de soutenir le développement économique. Et la Région IDF a changé de majorité. Les quatre présidents des départements de la grande couronne ont tenu une réunion consacrée au budget. Quelle est votre position ?

Arnaud Bazin : Le Val d’Oise est un département dynamique, aux projets ambitieux que le Conseil départemental accompagne ou pilote avec force et vision. C’est aussi un département attractif puisqu’en cinq ans, nous avons gagné près de 30 000 habitants, l’équivalent d’une ville comme Pontoise, ce qui est considérable.

Ces projets structurants pour le territoire et son évolution démographique nous obligent à gérer avec justesse et responsabilité. Mais comme vous le savez, les budgets des départements sont soumis à une hausse sans précédent des prestations sociales obligatoires et à une baisse abyssale des dotations de l’Etat. C’est une situation intenable que l’association « Grande Couronne Capitale », qui regroupe les départements du 78, 77, 91 et du Val d’Oise, a récemment dénoncée. Pour y faire face, les quatre départements ont adopté la même stratégie de gestion responsable avec une réduction drastique des dépenses de fonctionnement (moins 68 millions dans le Val d’Oise en 2016 par rapport à 2011), une révision des politiques publiques, la mutualisation des moyens… Mais ça ne suffira pas. Les contribuables aussi seront sollicités via une augmentation proposée au budget 2016 du seul taux d’imposition directe encore maîtrisé par les Départements : le taux de foncier bâti. C’est injuste sur le plan de la philosophie de l’impôt mais c’est malheureusement l’illustration du transfert de l’impopularité fiscale de l’Etat vers les collectivités.

La lettre de l’Entreprise : Imaginons ! Si vous aviez un large budget et que vous, Président du département du Val d’Oise, ayez à voter entre l’accélération :
du canal Seine nord Europe,
du prolongement de la A104 (Méry-Versailles),
du CDG Express¹,
d’autres projets routiers, de voies ferrées ou navigables,
quel projet mettriez-vous en N°1 pour favoriser l’économie et les entrepreneurs du Val d’Oise et donc la région Île de France ?

Arnaud Bazin : Bien évidemment, tous ces projets sont capitaux pour le développement économique du Val d’Oise. Et c’est la globalité, la pertinence et la complémentarité de ces derniers qui donne du sens à leurs réalisations.
Pour focaliser sur un seul d’entre eux, prenons le projet de métro automatique du Grand Paris Express. Il est emblématique et capital pour notre territoire et plus largement encore pour le développement du Grand Paris. Ce projet, qui vise à moderniser et étendre le réseau existant, changera la vie des 8,5 millions de voyageurs qui empruntent chaque jour les transports d’Île-de-France. C’est un projet à 23 milliards d’euros. Mais, pendant l’enquête publique, le Conseil départemental a exprimé avec fermeté ses attentes comme notamment la connexion sans rupture de charge entre La Défense et Roissy ou encore la création d’un arrêt de la ligne H à Stade de France Saint-Denis pour une correspondance à Saint-Denis Pleyel, favorisant ainsi l’interconnexion avec l’ensemble du réseau. C’est une attente forte des usagers et un facteur clé d’attractivité pour notre territoire.

La lettre de l’Entreprise : Pour certains, les résultats de la COP 21 sont une avancée… pour d’autres ça a un peu fait “pschitt”. La COP 21 fut-elle un succès ? Qu’en pensez-vous ?

Arnaud Bazin : Un meilleur avenir ne tient pas qu’aux politiques menées par les États. A côté de leurs engagements globaux, les initiatives locales portées par les citoyens, les entreprises et les collectivités foisonnent. Et c’est tant mieux !
Dans le Val d’Oise par exemple, le Conseil départemental n’a pas attendu décembre 2015 pour lancer une politique active en faveur de l’environnement et du développement durable. Fort de notre investissement, nous avons plus récemment établi un Plan Climat Energie Territoriale d’une vingtaine d’actions concrètes. Ce plan s’inscrit dans une mobilisation collective où les entreprises occupent un rôle essentiel. Un exemple pour justifier mes propos : aidée par le Conseil départemental, la start-up Ecov a développé une solution innovante de covoiturage dans le Vexin français dont l’expérimentation est en cours. Alors, en matière d’environnement, comme en politique, je crois aux actions locales.


1- CDG Express : ligne ferroviaire directe entre Paris et l’aéroport de Roissy-CDG prévue seulement en 2023

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Auteur

D’abord journaliste dans la presse écrite et radio (France-Inter, Le Point, Le Nouvel Économiste), Béatrice Monomakhoff a ensuite exercé, pendant 10 ans, les postes de responsable communication, successivement chez Yves Rocher, Alcatel et L’Oréal, puis fondé, en 1999, Hors-série.com/, une agence de communication, BtoB avec plusieurs associés dont Jacques Barraux, (ex Les Echos) et Didier Adès ( ex France Inter). C’est en 2007 qu’elle crée La Lettre de L’Entreprise. Elle est rédactrice en chef de ce magazine économique trimestriel diffusé à 3 000 exemplaires dans le Nord-Ouest de l’Île de France édité par l’agence Hors-série.com/ gérée par Isabelle Jariod.

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